L’intervention d’Emmanuel Macron au Forum Economique Mondial de Davos a offert au « France is Back » une audience internationale auprès des décideurs, investisseurs et journalistes du monde entier pour présenter sa stratégie à cinq pilliers qui doit renforcer son attractivité auprès des investisseurs, sa crédibilité auprès de ses partenaires, relancer le projet européen, favoriser le multilatéralisme et innover avec un nouveau contrat mondial capable de rendre la mondialisation plus coopérative et la croissance économique plus partagée et plus durable.

« France is Back »

Davos offrait à la France une visibilité internationale sans égal auprès des décideurs, des investisseurs comme des médias, à une période où notre pays se replace au cœur du jeu européen et mondial, au cœur du jeu économique et diplomatique. La France est de retour.

Le discours d’Emmanuel résonnait d’autant mieux au « WEF » de Davos que la Suisse est le troisième partenaire commercial de la France hors Union Européenne, le 3e investisseur étranger en France, qui est pour le 1er pays d’accueil des investissements suisses créateurs d’emplois avec 2000 entreprises suisses représentées, soit 150 000 emplois et encore 1028 emplois créés en 2016. La Suisse, de son côté, est le pays qui accueille la plus grande communauté française à l’étranger avec 179 000 résidents et plus de 1200 entreprises françaises, soit 70 000 salariés. Un exemple de coopération rendu possible par le développement du commerce international.

L’intervention du Président de la République intervient également** au moment où la France vient d’intégrer en début de semaine le top 10 des pays les plus innovants au Monde selon l’indice Bloomberg **qui mesure l’effort d’un pays en recherche et développement, son utilisation de la haute technologie, la concentration de la recherche et le nombre de brevet. Si la Corée du sud, la Suède, l’Allemagne, la Suisse, le Japon et la Finlande font mieux, les Etats-Unis se classent seulement onzième. Un signal significatif tant la capacité d’un pays à innover signale un potentiel d’activité plus important pour demain.

Enfin, la France entame 2018 avec des perspectives d’activité régulièrement revue en hausse et aidées par un regain de confiance de la part des consommateurs, des entreprises (industrielles comme tertiaires) comme des investisseurs encouragés à acheter la monnaie unique depuis mai 2017 en réaction aux perspectives de stabilité institutionnelle de la zone euro ces prochaines années.

Emmanuel Macron a ainsi commencé son discours en évoquant les premières réformes accomplies en France depuis mai 2017 et qui s’inscrivent dans la stratégie à cinq piliers :

  1. **adapter le « capital humain **» aux besoins de nos économies (« il nous faudra moins d’armes et plus de cerveaux ») par la formation et l’éducation ;

  2. attirer davantage les investissements étrangers par un environnement fiscal et réglementaire moins contraignant. Un exercice déjà réussi ce lundi à Versailles avec l’obtention d’engagements pour de nouveaux investissements pour un montant de 3.5 milliards (0.1% du PIB) et la création de 2200 emplois d’ici 5 ans ;

3)** alléger le fardeau administratif qui pèse sur ceux qui veulent entreprendre**, c’était dès septembre dernier l’objet de la circulaire adressée par le Premier Ministre aux membres de son gouvernement, demandant que toute nouvelle norme réglementaire soit compensée « par la suppression ou, en cas d’impossibilité avérée, la simplification d’au moins deux normes existantes » équivalentes.

  1. **montrer l’exemple dans la lutte contre le changement climatique **au son de « Make our planet great again ». A cet égard, Emmanuel Macron a salué le maintien dans l’Accord de Paris de la Chine et les engagements historiques pris notamment par la Chine et par l’Inde à l’occasion du One Planet Summit du 12 décembre dernier. Signe des temps, Emmanuel Macron a été applaudi quand il a rappelé que la France s’était engagée à sortir du charbon d’ici 2021.

  2. opérer une révolution culturelle pour donner la préférence à la simplification et à la stabilité et récompenser de nouveau la prise de risque, l’audace, la réussite, notamment en aménageant les sécurités nécessaires pour encourager ceux qui entreprennent dans l’esprit de la flexi-sécurité qui réussit dans les pays du Nord et en Suisse, mais aussi en instaurant un « droit à l’erreur », objet d’une consultation en ce moment même, et que les Suisses appellent ici la « bonne foi présumée » de l’administré ou du contribuable, dont l’effectivité implique que l’administration accepte que ses fonctionnaires puissent aussi parfois se tromper.

**Ces cinq piliers **doivent améliorer la crédibilité de la France pour entamer les négociations d’un nouveau départ pour l’Europe avec l’Allemagne. C’est l’objet des négociations en cours avec Berlin.

Ce retour de la France, à Davos, est également celui au cœur du jeu européen. Emmanuel Macron a réitéré les grandes lignes de son discours de la Sorbonne, plaidant pour une Europe plus forte, plus unie, plus démocratique. Avancer avec ceux qui le souhaitent pour élaborer une stratégie commune pour les dix prochaines années : la méthode est posée pour construire une Europe plus équitable, plus ambitieuse, plus cohérente, capable de relever les défis auxquels les Etats et le monde font face aujourd’hui et feront face demain.

**Une mondialisation en crise qu’il nous faut réinventer par l’innovation et le multilatéralisme ** Alors que le Forum avait habitué ses participants à des thèmes consensuels comme le leadership (2017), la quatrième révolution industrielle (2016) ou le nouveau contexte économique mondial (2015), l’édition 2018 annonçait des débats plus tranchés avec un thème : « créer un avenir commun dans un monde fracturé ». Il y a un an, c’est Klaus Schwab, Président fondateur du Forum qui avait appelé à une réforme du capitalisme devant « trois sortes de défaillances : la corruption, le court-termisme des acteurs, des mécanismes fondés sur la méritocratie qui engendrent des gagnants et des perdants », notant au passage que « les premiers tendent à se désintéresser totalement du sort des seconds ! ».

Mardi, Emmanuel Macron lui a emboité le pas et dépeint une mondialisation en crise. En affirmant d’emblée, devant les 1.000 premières entreprises mondiales, que « la croissance économique n’est plus une fin en soi » mais un moyen « structurellement de moins en moins juste », le Président français s’est positionné pour une croissance mieux partagée dénonçant la concentration des richesses sur les 1% les plus riches et une course non coopérative qui tire les 99% restants vers le bas.

Rejoignant le discours d’Angela Merkel, Emmanuel Macron a déploré la tentation du protectionnisme et des replis nationaux qui ne répondent pas aux peurs et nourrissent les extrêmes quand les défis globaux non anticipés (migrations, réchauffement climatique, protection des données personnelles, etc.) exigent une réponse globale et concertée.

Emmanuel Macron a donc appelé les investisseurs, les banques et les entreprises à intégrer un « Nouveau contrat mondial » pour « redonner du sens à la mondialisation » en favorisant le financement des biens communs (développement économique durable, santé, droits de l’homme).

Ce contrat devra reposer a minima sur :

  • un devoir d’investir pour les gouvernements mais aussi pour le secteur privé dans ces biens communs : la santé, l’environnement, mais d’abord et surtout l’éducation et au premier chef celle des femmes — pour rendre le développement économique durable ;
  • un devoir de partager les ressources et la valeur — ce qui implique une responsabilité sociale et environnementale accrue de l’entreprise, une meilleure répartition de la valeur avec les salariés, avec les communautés, entre hommes et femmes, la fin de l’optimisation fiscale et un cadre unifié pour permettre par exemple une taxation mondiale du numérique et la surveillance du système financier international dans sa totalité, en incluant les éléments les plus spéculatifs (shadow banking, monnaies virtuelles, etc.);
  • un devoir de protéger les individus, les peuples et les générations à venir de l’érosion constante du droit social, du terrorisme et des dangers imminents liés au réchauffement climatique.

Ce contrat qui ne saurait donc reposer que sur l’innovation et le multilatéralisme et, au-delà des responsabilités qui incombent aux gouvernements, sur la capacité de chacun à prendre lui-même sans attendre dans les fonctions qu’il occupe, les engagements concrets qui sont à sa portée.