Plusieurs universités françaises ont été perturbées par des mouvements d’opposition à la procédure d’admission Parcoursup, qui remplace l’ancienne plateforme APB. Ce changement ne concerne que l’admission dans les licences non-sélectives des universités (soit environ 40% des étudiants post-bac). APB affectait les candidats à des formations selon un algorithme visant à maximiser la satisfaction de leurs souhaits, en recourant au besoin au tirage au sort. Certains candidats très qualifiés pour une certaine formation pouvaient se voir écartés au profit d’autres, mal orientés et promis à l’échec. Rappelons que 60% des étudiants échouent en première année. La loi vise à faire baisser ce pourcentage effroyable. Avec Parcoursup, les candidats doivent déposer leur dossier scolaire et peuvent exprimer plusieurs vœux. Ce sont les universités elles-mêmes qui trient les candidats. Ils ne leur sont plus affectés par la force d’un logiciel national. Les candidats peuvent recevoir plusieurs réponses positives et ce sont eux qui doivent choisir. La procédure se déroule progressivement de mai à septembre. Elle garantit que chaque candidat doit recevoir au moins une proposition.

« Vu de Suisse, ces difficultés des universités françaises peuvent sembler incompréhensibles. »
Roger Arditi

Vu de Suisse, ces difficultés des universités françaises peuvent sembler incompréhensibles. Ici, (sauf en médecine) tout porteur d’une maturité suisse peut accéder librement à l'université de son choix (y compris aux deux Ecoles polytechniques fédérales). Dès la fin de l’école primaire, les élèves sont orientés tout au long de leur scolarité vers diverses formations, courtes ou longues. Les formations non-universitaires sont nettement mieux considérées qu’en France et débouchent le plus souvent sur des emplois stables. Les jeunes n’affluent donc pas à l’université. Celle-ci attire ceux qui sont portés vers la pensée abstraite. L’efficacité de l’orientation fait que, globalement, les taux de réussite sont élevés dans toutes les formations, que les jeunes diplômés trouvent facilement un emploi et, surtout, qu’ils vivent rarement avec un sentiment d’échec. Ceci est un puissant facteur de cohésion sociale.

Si, en France, l’orientation fonctionnait aussi bien, la procédure Parcoursup aurait été inutile. Mais beaucoup d’étudiants entrent à l’université « par défaut », sans projet et sans intérêt particulier, après avoir été écartés des formations sélectives courtes (BTS, DUT). C’est pourquoi la loi prévoit d’augmenter les capacités d’accueil dans ces filières. Les réformes de l’université se succèdent depuis 10-15 ans. La voie choisie est celle des fusions d’établissements pour en augmenter la taille et en élargir le spectre des disciplines, avec une autonomie croissante en matière financière, immobilière, de partenariats, de recrutement des enseignants, des autres personnels, et maintenant des étudiants. L’amélioration de l’orientation et l’amélioration de l’enseignement de première année universitaire sont indispensables à la remise en marche de l’ascenseur social, qui ne peut fonctionner que par la promotion au mérite accompagné de l’égalité des chances.

*Lire ici une version augmentée de ce texte, comprenant aussi des considérations sur la recherche et le système des Grandes Ecoles. *