Pour l'ONG Global Footprint Network, un institut de recherches international basé à Oakland, les 512 millions d’habitants de l’Union européenne vivent à crédit. Ils ont en effet absorbé la totalité de ce que peut produire la Terre en nourriture, fibres et matériaux. Si l'on peut légitimement douter de la valeur scientifique d'un tel calcul, il est indubitable que le climat subit des dérèglements depuis un certain nombre d'années. Les nombreux rapports du GIEC ont chiffré les différentes évolutions. La nécessité de la lutte contre le réchauffement climatique apparaît consensuelle dans notre pays au regard des sondages selon lesquels 85 % des Français sont inquiets du réchauffement (IFOP, octobre 2018). L'environnement contrairement à une idée répandue, est un vieux problème économique. Depuis la révolution industrielle la question de l'allocation de ressources rares (les terres, le charbon, etc) a été un pris en compte par les économistes. En 2018 le prix Nobel d'économie a été attribué à W. Nordhaus pour son modèle DICE (modèle éco-climatique). Pezzey (un économiste australien) a recensé 60 définitions du développement durable. Les économistes distinguent de plus le développement durable du développement soutenable (dans sa version forte ou faible).

Précisons un peu :

On peut définir le développement durable (notion popularisée par le Rapport Brundtland de 1987) comme le développement qui « répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins ». Autrement dit, il s’agit d’avoir un développement qui permet à la génération suivante d’avoir au moins autant de bien-être que notre propre génération. Le développement soutenable quant à lui, relie trois enjeux de justice: le rapport des humains du présent entre eux (solidarité synchronique), celui de ces humains avec le reste du monde naturel (solidarité entre êtres de nature) et celui des humains du présent avec ceux du futur (solidarité diachronique). Selon certains, le capital naturel détruit par la croissance peut être compensé par une augmentation du capital physique source de croissance. Il y a donc substituabilité entre les capitaux. C'est la version faible. Selon d’autres, le capital naturel (ou autres) détruit par la croissance ne peut pas être compensé par une augmentation du capital physique source de croissance. Il n’y a pas de substituabilité entre les capitaux. Certains capitaux doivent donc être préservés coûte que coûte. C'est la version forte. Certains arguments plaident aujourd'hui en faveur de la transition écologique c'est à dire la volonté de parvenir à un développement durable et/ou soutenable:

  • les taux d'intérêt sont bas ce qui facilite l'emprunt
  • la volonté de relancer la croissance bien faible de nos pays
  • la prise de conscience de l'urgence écologique et le verdissement des prélèvements obligatoires (malus/ bonus sur différents produits)
  • le développement dans les entreprises de la RSE (responsabilité sociale des entreprises) c'est à dire l'application du développement durable dans les entreprises. Pour l'instant certaines en sont à faire du « greenwashing » sans changer profondément.

Mais certains problèmes sont posés. En effet il ne s'agit pas de proposer des solutions théoriques alors que les coûts sont certains et les recettes incertaines. On peut comprendre les entreprises qui hésitent à changer dans la vraie vie des affaires et de l'économie. En effet le prix du carbone n'est pas valorisé (comment investir alors ou prendre des risques ?). de plus elles ne savent pas comment leur « business model »va évoluer. Enfin, le développement récent de la « finance verte », s’il est salutaire, ne leur permet pas d’avoir de la visibilité à moyen terme. L'ADEME (agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) a produit des rapports utiles, réalistes à horizons raisonnables, 2030 et 2050 en simulant les impacts.

Mais il nous semble que le débat le plus important est ailleurs.

Comme l’a démontré le mouvement de contestation des gilets jaunes qui a démarré avec le relèvement de la taxe carbone, les politiques environnementales sont loin d’être acceptées par tous. La fiscalité environnementale est apparue comme une taxe supplémentaire. Elle est aussi apparue comme injuste, notamment vis-à-vis des ménages les moins aisés et de ceux qui ont peu de possibilités de substitution de moyens de transport. L'Union Européenne quant à elle et les États européens ont depuis un certain temps mis en œuvre des plans climats qui engagent une transition écologique. Ainsi en France la stratégie nationale de transition écologique » pour la période 2015-2020 a été adoptée le 4 février 2015. Elle comporte 9 axes stratégiques et 72 indicateurs de suivi. Le premier, et à ce jour le seul état des lieux de sa mise en œuvre, publié en 2017, révèle que sur les 22 indicateurs principaux, 93 % sont mal orientés, 57 % étant très mal orientés ! Il s'agit de changer de paradigme économique de façon plus ou moins profonde. Entre les tenants de ceux qui appellent à une évolution radicale et les partisans de la soutenabilité faible, le programme européen de la liste renaissance propose un certain nombre de mesures. Mais il nous semble que l'intérêt d'une telle démarche est de préciser qu'elle ne pourra se faire sans Europe sociale ou dit autrement sans réduire les inégalités économiques et sociales. (priorité 1 et 2). C'est en facilitant les fins de mois que l'on luttera contre la fin du monde, et inversement la transition écologique peut être un vecteur de réduction des inégalités. Bref la transition écologique sera environnementale et sociale. Le ministère de la transition écologique est en France aussi solidaire. C'est pourquoi il est heureux et prometteur de constater que la liste RENAISSANCE propose en première priorité de faire de l'Europe une puissance verte et en deuxième de bâtir l'Europe de la justice fiscale et sociale. Les deux propositions sont liées. C'est une transition sociale écologique qu'il s'agit de mener à bien. Face à l’acuité des crises écologiques et aux conséquences du dérèglement climatique, l’Europe sociale peut constituer le socle indispensable d’une sociale-écologie. Nos crises écologiques sont des questions sociales qui peuvent se comprendre à la lumière des inégalités de revenu et de pouvoir, et se résoudre à l’aide de principes de justice et de bonnes institutions.

Dans les années qui viennent, la crise des inégalités et les crises écologiques sont appelées à se renforcer dans une relation à double sens : les inégalités sociales nourrissent les crises écologiques, et les crises écologiques grossissent en retour les inégalités sociales On peut alors recenser cinq mécanismes à l’œuvre :

  • l’inégalité accroît inutilement un besoin de croissance économique nuisible à l’environnement ;
  • l’inégalité accroît l’irresponsabilité écologique des plus aisés (en accroissant le séparatisme social sur le territoire) ;
  • l’inégalité entrave les capacités d’action collective susceptibles de préserver les ressources naturelles ;
  • l’inégalité affaiblit la résilience des sociétés (en menaçant le lien social) ;
  • enfin l’inégalité réduit la sensibilité des plus modestes aux enjeux environnementaux (confrontés à la pauvreté absolue) et la possibilité de compenser les effets régressifs des politiques environnementales.

Par ailleurs, la protection des populations contre les événements climatiques (inondations, ouragans, typhons, tornades, canicules), qui va devenir un enjeu majeur, dépendra de notre capacité à agir collectivement (construction d’abris, de logements aux normes de sécurité, assistance aux personnes âgées…). Il y a donc des coûts financiers croissants liés à l’intensification de ces catastrophes naturelles, une montée en puissance de assurances privées dans la couverture de ces risques, et par conséquent, des inégalités croissantes face au risque social écologique, sur le plan mondial comme au niveau des nations. C'est pourquoi le programme de la liste Renaissance propose des mesures concrètes, réalistes afin d'opérer cette transition : (Objectifs 1 et 2 parmi les 79 propositions)

  • l'instauration d'une banque du climat et la volonté de pas laisser une dette écologique
  • habiter un continent neutre en carbone
  • défendre notre modèle agricole et l'avenir de nos enfants
  • la sortie du glyphosate en 2021

Mais aussi « en même temps »

  • mieux taxer afin d'éviter la fraude fiscale
  • protéger les entreprises et les travailleurs face aux mutations de la mondialisation

Face à la crise du projet européen, le programme de la sociale-écologie pourrait alors permettre de singulariser l’Union Européenne dans le monde qui vient en insistant sur ses deux valeurs historiques centrales : la justice sociale et le développement soutenable. Le programme RENAISSANCE propose ENFIN de façon réaliste et pragmatique de regarder dans le bon sens. L'écologie n'est pas de gauche ou de droite, les inégalités non plus. L'heure des atermoiements est dépassée ; et puisqu'il faut faire des choix, mieux vaut que ce soit les bons.