Le thème du pouvoir d’achat reste, avec l’emploi, en tête des préoccupations économiques des Français. Nicolas Sarkozy déclarait le 14 janvier 2007, « je veux être le président de l'augmentation du pouvoir d'achat ». La loi TEPA (travail, emploi et pouvoir d'achat) du 27 Août 2007, le fameux « travailler plus pour gagner plus » devait être la solution à la baisse du niveau de vie d'une partie de la population. Force est de constater que le sujet est à nouveau d'actualité en Avril 2019. Le Premier Ministre Edouard Philippe a évoqué le 6 mars 2019 les angles morts du pouvoir d'achat. Quels enjeux cette question pose-t-elle pour les élections européennes à venir?

Le pouvoir d’achat correspond à « la quantité de biens et services que l’on peut acheter avec le revenu disponible ». C'est donc le revenu réel divisé par les prix. Cela revient à dire que le pouvoir d’achat dépend pour l’essentiel de deux grandes variables :

  • le niveau de revenu dont un ménage dispose, une fois qu’il s’est éventuellement acquitté des prélèvements obligatoires et qu’il a perçu des revenus de transfert (allocations familiales par exemple) (le numérateur)
  • le niveau général des prix en vigueur dans le pays, car ce qui compte c'est ce que l’on peut réellement s’acheter. (le dénominateur)

Les pouvoirs publics disposent de deux leviers principaux pour agir sur le pouvoir d’achat : les revenus et les prix. Chacun de ces leviers peut faire l’objet de différentes mesures, qui ne s’inscrivent pas, à l’évidence, dans la même temporalité économique et politique : une hausse du SMIC a par exemple un effet immédiat et visible sur les revenus, alors qu’une action sur le taux de croissance de l’économie française, qui permettra demain de créer des emplois et donc du pouvoir d’achat, relève de mesures structurelles, dont les effets ne se font sentir qu’à long terme. Il s'agit donc d'agir sur le numérateur et/ou sur le dénominateur pour augmenter le pouvoir d'achat. Pendant longtemps la première solution a été privilégiée, la seconde est aujourd'hui plus indiquée.

Premier choix : Agir sur le numérateur en augmentant les revenus

La relance du pouvoir d'achat en raison de l'augmentation des prix. Les 30 glorieuses illustrent cette période d'augmentation des bas salaires et des petites retraites. La création du SMIG en 1950 (devenu le SMIC en 1970) ainsi que les mesures de protection sociale au sens large (par exemple les mesures d'indexation sur l'inflation) ont contribué à réduire les inégalités de revenu. Ces éléments ont augmenté le niveau de vie des français.

*Le pouvoir d'achat, un instrument possible de relance globale d'une économie. * Mais l'augmentation du pouvoir d'achat pendant cette période n'avait pas comme objectif unique de lutter contre la hausse des prix. En effet face à la crise de 1973 par exemple, les politiques de relance ont utilisé le pouvoir d'achat comme une mesure contracyclique. Relancer l'économie par la consommation et/ou l'investissement devenait le Graal de certaines politiques (CHIRAC 1975, MITTERRAND 1981). Plus récemment Le Président des Etats-Unis, Donald TRUMP en réduisant les impôts sur les plus fortunés (en espérant des effets de ruissellement des plus riches vers les plus pauvres) ou la chancelière allemande Angela MERKEL en accordant une hausses du traitement des fonctionnaires s'inscrivent plus ou moins dans cette tradition. Les mesures décidées en France en décembre 2018 relèvent de la même logique. Pour autant, face à la contrainte des finances publiques et de la compétitivité nécessaire des entreprises dans une économie mondialisée, il existe des marges de manœuvre, à condition d’agir sur le bon levier : la politique de la concurrence en France ou dans l'Union Européenne peut représenter une autre voie. Ce sont les entreprises qui augmentent les salaires et non le gouvernement. Diminuer les impôts (les taxes) est impossible si l'on ne réduit pas la dépense publique ou alors on augmente le déficit public.

Seconde choix : Agir sur le dénominateur, par la baisse des prix en stimulant la concurrence

*Les propositions pour améliorer le pouvoir d'achat par la concurrence (à court terme) en diminuant les prix. * Le Premier Ministre Edouard Philippe a retenu quatre domaines à mettre en concurrence le 6 mars 2019 : l’automobile, la santé, le logement et la banque. Il déclarait "ces dépenses (contraintes) dont on ne peut pas se passer et dont chaque hausse injustifiée s'apparentent à un impôt caché". Les options suivantes ont été présentées : la libéralisation du marché des pièces automobiles afin d'être moins captifs de la politique des constructeurs, la diminution du prix du permis de conduire, l'ouverture aux Fintechs ou l'accès aux données bancaires ou des mesures visant les syndics en matière de logement. Ces mesures ont l'avantage de ne pas provoquer de dépenses supplémentaires et d'avoir un effet positif très rapidement sur les consommateurs.

Les propositions pour améliorer le pouvoir d'achat par la concurrence (à long terme). En réalité, la question de l’évolution du pouvoir d’achat ne peut se résoudre d’un « coup de baguette magique » : elle renvoie d’abord à une cause structurelle et de long terme, à savoir la faiblesse de la croissance française depuis trente ans. Plus fondamentalement, les marges de manœuvre en matière de revalorisation des bas salaires, tout particulièrement du SMIC, ont des effets limités et ne sont pas possibles pour un certain nombre d'entreprises. Des travaux récents (Rexecode et OFCE) sont venus montrer les limites de telles politiques. Le meilleur allié de la hausse du pouvoir d’achat, c’est une croissance plus forte. En effet, un rythme plus soutenu engendre des revenus supplémentaires, que ce soit au travers de créations d’emplois ou bien de hausses des rémunérations permises grâce aux gains de productivité. Les principaux leviers pour doper notre croissance potentielle ont été maintes fois identifiés : augmentation du temps de travail sur le cycle de vie, investissement dans la recherche-développement et l’enseignement supérieur, etc.

L'enjeu des élections européennes

C'est pourquoi un des enjeux des prochaines élections sera de construire avec nos partenaires européens une politique de la concurrence européenne approfondie et renouvelée. Condamner Google ou les GAFAM à payer des impôts supplémentaires est à saluer mais cela ne suffit plus. D'autres voies sont à explorer. La fusion refusée entre Alstom et Siemens devrait être l'occasion d'expliciter les vertus d'une politique de la concurrence. Le motif de refus a été entre autres la protection du consommateur. La fameuse notion de marché pertinent a été mobilisée afin de justifier la décision. Elle illustre de façon exemplaire les choix économiques d'une telle politique : le choix du consommateur et des prix plus bas ou la construction d'un champion européen. Faut-il donc privilégier le consommateur ou le citoyen, l'ouvrier de Belfort qui gardera son emploi ou le consommateur qui bénéficiera d'un pouvoir d'achat supplémentaire ? Certains diront les deux. Les régions frontalières comme la nôtre demandent aussi une concurrence loyale et non faussée. Harmoniser les pratiques concurrentielles de part et d'autre de la Bidassoa pourrait être un axe de réflexion. Les commerçants d'Hendaye le souhaitent, les citoyens aussi. Enfin mettre en concurrence certaines activités pourrait mettre fin à un capitalisme de connivence qui maintient des prix trop élevés dans de nombreux secteurs.