L’hébergement d’urgence est souvent le dernier filet de sécurité pour les plus démunis qui doivent faire face à des problématiques multiples dépassant largement le seul domaine du logement. Il convient dès lors d'adopter une approche globale, réactive mais aussi préventive. La prévention des ruptures dans les parcours de vie et les parcours résidentiels est une priorité forte de cette réforme.

Une réforme structurelle avec un plan quinquennal (2018-2022)

Le plan quinquennal pour le logement et la lutte contre le sans-abrisme (2018-2022) propose une réforme structurelle de l’accès au logement pour les personnes sans domicile stable. Il répond au constat d’un sans-abrisme persistant en France et d’une saturation toujours croissante des dispositifs d’hébergement d’urgence dans les territoires.

Ce plan, élaboré suite à une large concertation avec tous les acteurs de l'hébergement et du logement, se décline à partir de cinq priorités majeures :

  • Produire et mobiliser plus de logements abordables et adaptés aux besoins des personnes sans domicile
  • Promouvoir et accélérer l’accès au logement et faciliter la mobilité résidentielle des personnes défavorisées
  • Mieux accompagner les personnes sans domicile
  • Prévenir les ruptures dans les parcours résidentiels et recentrer l’hébergement d’urgence sur ses missions de réponse immédiate et inconditionnelle
  • Mobiliser les acteurs et les territoires pour mettre en œuvre le principe du Logement d’abord

Les différents axes retenus pour promouvoir ce plan comprennent, entre autres, la production de logements sociaux et très sociaux adaptés aux besoins des personnes sans domicile mais aussi l'amélioration de l’identification des publics sans domicile ou encore le renforcement de l’hébergement d’urgence sur sa fonction de réponse immédiate et inconditionnelle aux situations de détresse. L'hébergement d'urgence coûte 2 milliard d'euros par an à l’État.

14 000 places d'hébergement supplémentaires en 2019

Ces 14 000 places, dont 3 000 à Paris, vont s'ajouter aux 136 000 déjà disponibles. Celles-ci sont réparties sur l'ensemble du territoire afin d'éviter des phénomènes de concentration de personnes en grande détresse. Parallèlement, l'allocation de moyens humains supplémentaires pour le Samu Social, le « 115 », ainsi qu'une enveloppe de 5 millions d'euros pour soutenir les équipes de maraude complètent un dispositif qui a vocation à s'inscrire dans la durée.

En févier 2018, dans Paris intra muros, 3 035 personnes sans-abris avaient été recensées lors de la « nuit de la Solidarité ». Plus de 12 % étaient des femmes, face à cette situation, le ministre de la Ville et du Logement, Julien Denormandie, a rappelé le caractère de priorité absolue de la prise en charge de ces personnes. Par exemple des centres sont dédiés à l'accueil de femmes isolées ou avec des enfants en bas-âge. L’hiver dernier, à Paris, l’Hôtel-Dieu avait été sollicité à cette fin. À terme, l’objectif est de passer de l’hébergement d’urgence à l'hébergement ordinaire.

Paris au cœur d'un dispositif ambitieux

Une deuxième «nuit de la solidarité» aura lieu en février 2019 pour faire un point sur la situation parisienne. Une formation a été organisée en décembre pour les Parisiens qui souhaitaient participer. L'idée étant que ce parcours de formation aboutisse à une validation d'acquis professionnels, que cet engagement citoyen soit valorisable dans le cadre d'une recherche d'emploi.

Par ailleurs, l’État ainsi que la Maire de Paris ont souhaité montrer l'exemple. L’Hôtel de Castries hôtel particulier situé dans le VIIème arrondissement, voué à la réhabilitation, va être provisoirement transformé en centre d'hébergement d'urgence pour les familles dès la mi-janvier. Ces locaux accueilleront donc, 35 personnes, sous la responsabilité de la Croix-Rouge. Tous les ministères ont ainsi été sollicités afin de distinguer des sites susceptibles de contribuer à l’effort engagé dans l'accueil de familles ou personnes isolées. C'est le cas d'un site du ministère de la Défense, à Paris, ou autre du ministère des Sports, à Vincennes.

La Maire de Paris a souhaité s 'inscrire dans cette dynamique en proposant quelques mesures symboliques comme l'ouverture d'une cinquantaine de places, spécifiquement dédiées aux femmes, dans les locaux de l’Hôtel de Ville de Paris Un autre projet dédié aux femmes devrait voir le jour à court terme dans le XIIe arrondissement, il s'agit d'un bain-douche doté d'un espace d'accueil et de bien-être qui garantira l'accès à l'hygiène, à la santé, et aidera ces personnes à retrouver confiance et restaurer une estime de soit.

Des mairies d'arrondissement (IVe et Ve notamment) vont suivre l'exemple de la mairie centrale en acceptant d'ouvrir des places d'hébergement. Des lieux municipaux sont censés être mis à disposition pour créer un réseau de huit nouvelles haltes de nuit, d'une capacité totale de 300 places. Même les anciens tribunaux d'instance (Xe et XIVe), désormais délocalisés dans le nouveau palais de justice des Batignolles, vont ouvrir leurs portes aux personnes dans le besoin.

Enfin, la maire de Paris a demandé que l'ancien hôpital du Val-de-Grâce, celui-ci appartenant à l'État, soit ouvert aux sans-abris en attendant sa réhabilitation comme cela a été fait avec l'ancienne caserne Exelmans dans le XVIe arrondissement. Tous les arrondissements sont donc sollicités pour contribuer à cet effort collectif, en particulier, le XVIIIème a bien souvent été aux avant-postes et fait figure de référence dans ce combat contre l’extrême précarité.