Éducation Nationale, nature ou résultat

L'excellente étude de Jérôme Fourquet, « L'Archipel Français » (si vous ne l’avez pas lu ici ou encore ici), emploie au moins à deux reprises l'expression « nature inégalitaire » du système éducatif français. Je m'interroge sur ce terme.

Nature ?

La Nature est tout ce qui est étranger à l'homme. Or c'est bien de l'homme qu'il s'agit dans tous les cas. Je ne veux pas pinailler, ni critiquer Mr Fourquet que j'estime bien par ailleurs. Seulement je maintiens que le système éducatif français n'est pas inégalitaire en soi, volontairement, par construction. Les Hussards noirs de la République ont tout fait pour qu'il ne le soit pas et l'un d'eux a même rattrapé Charles Péguy qui a ainsi abouti à l'École Normale. Certes, ils sont loin et leurs difficultés n'étaient pas les nôtres. Mais ils représentent une tradition, une obligation même qu'il ne faut pas oublier. La ségrégation sociale dans l'enseignement public n'est pas une spécificité, c'est un résultat dont il n'est en rien la cause. La cause, elle ne peut être que dans les hommes. Les uns qui s'agrègent ensemble dans l'espoir que leurs enfants aient le meilleur enseignement, les autres qui s'agrègent parce qu'ils ne peuvent pas faire autrement, faute de revenus suffisants.

Où est la nature, là ?

Le système français est d'abord un résultat, je dirai une victime. Je comprends mal qu'on lui reproche une situation -certes affligeante- dont il n'est pas la cause. Le problème au cœur est posé par les pauvres et les riches. Comment les empêcher de se séparer ? On n'est pas aidé. Les journaux bien-pensants (presque tous, ou tous?) se lamentent sur la difficulté des « pauvres » de donner une formation correcte à leurs petits. Que font-ils ? Et moi ? Au moins, je parle de ce que je connais : mes études secondaires ont été partagées entre un établissement physiquement pitoyable dans une région dévastée par la guerre et un « prestigieux » lycée parisien. Chacun y faisait son travail, tant bien que mal. Et j'ai été trois ans boursier d'enseignement supérieur. Et, par-dessus le marché, défendant toujours la liberté, j'ai défilé contre une réforme qui voulait tout unifier. J'ai découvert que je suivais Clémenceau qui fît un discours contre ce qu'il considérait comme un monopole - « l'État, au lieu de s'immobiliser dans le monopole, recevra de ses concurrents l'impulsion nécessaire à son propre développement d'éducateur » -.

Je n'ai fait ici qu'une petite partie du chemin, j'y reviendrai. En attendant, aidons Mr Blanquer.

Si vous souhaitez échanger, dialoguer, polémiquer, vous pouvez m'adresser vos remarques par mail : aymar.laremparis17@gmail.com