Le Grand débat

Voici un exercice bien utile qui promet, si l'on est optimiste, une modification profonde et, il faut l'espérer, durable de notre façon de vivre notre démocratie. Je comprends bien que dans la moisson de voix qui viennent de tout le pays, certains trouvent difficile de se faire une idée « impartiale » des opinions émises. Mais que ce mot signifie-t-il ? Sans doute il n'est pas aisé de donner une place à la requête particulière d'un commerçant du Vaucluse ou d'un agriculteur du Calvados. Mais seuls quelques esprits particulièrement grincheux s'agripperont à cette question, au moins faut-il l'espérer. Il faut juger que les plus importantes préoccupations seront toujours les mêmes et massivement. Si l'on adopte ce point de vue les difficultés ne font que commencer, elles ne sont pas spécifiques au Débat et en voici deux exemples, par ordre de difficulté croissante.

Pour la décentralisation, tant demandée à juste titre, ce sera simple à première lecture. C'est ensuite que commencent les difficultés qui tiennent à un problème général : comment faire pour qu'une décision prise au sommet d'une pyramide soit mise en œuvre à sa base ? Ceux qui perdent un pouvoir vont s'y accrocher de toutes les manières possibles, sans compter l'ingéniosité qui sera mise en œuvre pour maintenir ou créer toutes sortes d'échelons cachés...(on touche à la question de l'intercommunalité dont il est déjà question). J'ai souvenir que le Président de la République avait émis la fort bonne idée de vérifier la réelle application des lois après leur promulgation : il doit également se heurter au problème qui est ainsi résumé en anglais « To get things done ».

Passons au second exemple qui également est lié à une question générale : la fiscalité. On touche à la question de « l'impossibilité de la loi ». Dans ce cas particulier la demande générale est simple : avoir plus et les situations particulières en nombre presque infini : selon qu'il s'agit d'un célibataire ou d'un couple, selon qu'il y a des enfants qui aident ou n'aident pas (ce qu'ils devraient faire à moins qu'ils ne soient eux-mêmes dans le besoin, ce qui entraîne encore des distinctions) la personne qui se trouve juste en dessous ou au-dessus du seuil se sentira lésée. Le législateur fait des prouesses pour tenter de satisfaire chacun- et chacun est mécontent.

Un analyste politique français au XIX éme siècle écrivait : «La plupart estiment que le gouvernement agit mal ; mais tous pensent que le gouvernement doit sans cesse agir et mettre à tout la main ». Nous sommes toujours dans cette contradiction : je souhaite que le Grand Débat nous aide à la résoudre.

Aymar