En son temps, Charles Péguy n’avait pas tort quand il écrivait, en 1910, que les pères de familles sont les « grands aventuriers du monde moderne » (Victor-Marie, comte Hugo). Mais aujourd’hui, il serait encore plus juste de dire que les mères de famille sont les grandes et peut-être parmi les dernières aventurières du monde moderne. Pas des aventurières au sens où Charles Péguy l’entendait peut-être. Mais des aventurières animées par le combat pour la vie, voire la survie, oui. Car il faut déplacer des montagnes quand on élève seule ses enfants. En lisant les courriers que m’adressent de nombreuses mères isolées avec leurs enfants, je ressens tout à la fois la précarité, le découragement et la grande combativité de ces femmes.

Hanna, 20 ans, m’écrit que sa fille, qui a deux ans, doit faire sa rentrée en maternelle, en septembre, et qu’elle aussi aimerait reprendre ses études. Mais elle ne sait ni comment s’organiser ni comment se loger.

Patricia élève seule ses 4 enfants. En additionnant toutes ses dépenses, le voyage scolaire de sa fille, les frais d’université de son fils, le chauffage au bois, le crédit pour la voiture, elle a du mal à joindre les deux bouts, tout en avouant ne pas connaître ses droits.

Celles qui travaillent n’ont pas forcément la vie plus facile – ce qui finit par dissuader certaines. « Le seul moment où je peux souffler », témoigne Khadija, « c’est tard le soir. Alors parfois je fais le tour de mon immeuble pendant 5 minutes et c’est mon moment de liberté de la journée ».

Audrey raconte qu’elle avait trouvé un travail, dans un EHPAD : « J’embauchais à 7h et la crèche de l’EHPAD ouvrait elle aussi à 7h. J’arrivais donc avec 10 minutes de retard chaque matin... On me l’a reproché et donc ça ne l’a pas fait finalement ». Notre société leur rend la vie impossible. Chacun doit donc assumer sa part de responsabilité – les pères, les employeurs, l’Etat.

Depuis le début du quinquennat, nous avons agi en faveur de ces femmes isolées avec leurs enfants. Mais à la lecture des courriers, je constate qu’elles n’ont souvent pas connaissance de nos actions. Qu’est-ce qu’un nouveau droit s’il ne devient pas un nouveau pouvoir ? Notre ambition première, celle des services de l’Etat et des collectivités locales, doit être d’assurer leur diffusion effective, pour que les mères isolées puissent être aidées à changer leur vie.

L’augmentation de 30% du complément au mode de garde pour les familles monoparentales réduit par exemple le coût de la garde d’enfants. 30 000 nouvelles places en crèches seront ouvertes d’ici la fin du quinquennat, notamment dans les quartiers défavorisés grâce à un bonus réduisant le coût d’une place en crèche.

L’augmentation de la prime d’activité bénéficie d’ores et déjà à 150 000 nouvelles mères isolées avec leurs enfants.

Pour les problèmes de logement, qui reviennent dans presque toutes les lettres qui me sont adressées, nous avons étendu aux jeunes de moins de 30 ans et aux publics précaires la garantie Visale, c’est-à-dire une caution locative simple, gratuite et dématérialisée. Autant de droits dont plus de femmes doivent se saisir.

Nous devons maintenant aller beaucoup plus loin pour leur pouvoir d’achat. C’est particulièrement le cas en matière de pensions alimentaires impayées qui fragilisent environ 35% de ces familles. Nous étudions des pistes pour sécuriser le versement des pensions alimentaires. Ensuite pour faciliter l’accès de ces mères à l’emploi, et prévenir les problèmes rencontrés par Audrey, nous devons leur proposer des modes de gardes ponctuelles qui leur permettent de se rendre à une formation, à un entretien d’embauche ou de faire garder un enfant malade.

A toutes les mères qui vivent un parcours du combattant quotidien et solitaire, j’adresse donc un message simple : nous vous entendons et nous allons continuer à agir pour vous.