Le 11ème arrondissement est gâté deux nouveaux lieux culturels ouvriront entre 2022 et 2024.

  • L’un, au 14 avenue Parmentier, sur le site de l’ex Sous-Station électrique Voltaire.
  • L’autre, au 69 boulevard de Charonne, sur le site de l’ancien poste de transformation « Nation 1 » (deux autres bâtiments « Nation 2 et 3 » étant dans la continuité du premier).

Un signe distinctif et plusieurs analogies sont à remarquer

Le signe distinctif :

  • Avenue Parmentier, il s’agit de la réalisation d’un complexe cinématographique (Cinéma Etoile Voltaire : Un sous-sol + 4 niveaux répartis ainsi : 5 salles de capacités et de vocation différentes, 1 hall de rencontre accueillant du spectacle vivant, 1 restaurant solidaire, des bureaux dont ceux de la SRF (Société des Réalisateurs de Films), 1 terrasse végétalisée)

  • Boulevard de Charonne, d’un complexe dédié à la production sonore et musicale (MurMure : 5.000 m2, des studios d’enregistrement et de création en sous-sol, 1 rue centrale bordée de commerces spécialisés dans le son et la musique et des espaces de convivialité en rez-de-chaussé, 2 niveaux de coworking agrémentés d’une terrasse)

Les analogies :

  • Tous deux sont issus des appels à projets urbains innovants de la Ville de Paris, Réinventer Paris 1 pour le premier, Réinventer Paris 2 pour le deuxième.
  • Tous deux sont portés par une personne morale de droit privé : Etoile Cinémas est le signataire du bail emphytéotique de 40 ans pour l’ensemble immobilier du 14 avenue Parmentier. Batipart Immobilier du bail emphytéotique de 30 ans pour « Nation 1 ».
  • Enfin, tous les deux sont des projets de grande envergure aussi bien d’un point de vue architectural qu’en termes d’activités.

Pour celles et ceux qui vivent et connaissent le 11ème, ces projets sont les bienvenus. Cet arrondissement a **un déficit évident de salles de cinéma **: un écran pour 16 900 habitants contre un pour 6 000 ailleurs à Paris. Quant **au complexe dédié à la production sonore et musicale, cette portion du boulevard de Charonne dans le quartier Nation Alexandre Dumas a besoin d’animation **(un projet culturel ayant été plébiscité par les riverains, quand ces derniers ont eu l’occasion de s’exprimer sur le devenir de Nation1).

En même temps, certains points interpellent.

D’abord, l’habillage du discours pour nous vendre Réinventer Paris. Lors d’une récente réunion de présentation du projet Murmure à la Mairie du 11ème à laquelle participait l’adjoint au Maire en charge de l’urbanisme et de l’architecture (Jean-Louis Missika), François Vauglin a pris soin de mettre en avant le recours à Réinventer Paris pour répondre à des projets trop complexes, trop coûteux et nécessitant une agilité que la Ville n’a pas. Bref, la collectivité publique ne pouvant pas faire, le privé fera ! Il fut un temps, pas si lointain, où un 104 (dans le 19e arrondissement) - dont l’échelle est sans commune mesure avec celle des projets évoqués ci-dessus - a bien été porté par la Ville de Paris. Et qui de la Gaîté Lyrique ? Des 3 Baudets ? De la Maison des Métallos… ? Est-ce parce que dans un premier temps - voire aujourd’hui encore à l’exception notable du 104 - ces projets n’ont pas atteint la ferveur attendue ?

On a l’impression que la Ville de Paris est comme échaudée par nombre de ses projets d’ordre culturel et que, dorénavant, le recours à Réinventer Paris soit la seule solution pour compléter l’offre culturelle parisienne en faisant faire par d’autres ce qu’elle ne veut plus se risquer à faire elle-même.

La deuxième interpellation concerne l’affichage de projets largement ouverts aux riverains pour en faire de véritables lieux de vie dans les quartiers les accueillant. Le hall du Cinéma étoile Voltaire « un lieu qui appartient à tous (…) chacun peut y circuler simplement ». Quant à la rue intérieure du projet MurMure inspirée des célèbres passages parisiens du 9ème, elle sera propice à la promenade des familles. Dans les deux cas, nous verrons bien comment ces nouveaux lieux s’intègrent à leur quartier et s’ouvre à la population.

Mais quelle erreur que les élu(e)s parisiens n’aient pas envisagé de laisser à une association locale, la gestion d’une petite salle type ciné-club (comme le groupe de travail de la commission « Animation, Culture et Vie associative » du Conseil de quartier Léon Blum Folie-Regnault l’avait en son temps espéré) ou, ici, l’accueil et l’accompagnement de musiciens amateurs. Rien n’interdisait la Ville de Paris, si prompte à afficher la participation des parisien(ne)s, de souhaiter la coopération d’un acteur du quartier garantissant la prise en compte d’attentes locales au service de tous les publics.

Richard Franco – Animateur local du comité Nation-Alexandre Dumas, LaREM Paris 11