Le traité d’Aix-la-Chapelle, signé ce mardi 22 janvier 2019, comme le traité de l’Elysée, signé le mardi 22 janvier 1963 entre le Général de Gaulle et le Chancelier Adenauer, est un accord de coopération et d’intégration entre l’Allemagne et la France, ayant pour objectif de renforcer les relations bilatérales entre nos deux pays, nouées à l’issue de la seconde Guerre mondiale et qui servent encore aujourd’hui de socle à la construction européenne.

Aix-la-Chapelle, capitale de Charlemagne, roi des Francs, est la ville la plus à l’ouest de l’Allemagne. Un bel exemple de la communauté de destin – et du passé commun – de nos deux pays…

A quelques mois des élections européennes, le Rassemblement National de Marine Le Pen (ex-Front National, pourtant sorti vainqueur du scrutin de 2014 avec 24,85 % des voix et 16 députés européens) a choisi « On arrive » comme slogan de campagne. Ils sont pourtant déjà là et portent un bilan inexistant et occulté par des affaires et scandales de détournement de fonds, ce qui ne les empêchent pas de multiplier les fake news pour attiser les peurs des Français et attirer les complotistes qui ne les ont pas encore rejoints...

Décryptage…

Non, la France ne va pas céder son arsenal nucléaire à l’Allemagne ! Le traité d’Aix-la Chapelle, dans le prolongement des accords de l’Alliance atlantique et du traité de l’Union européenne, renforce la coopération militaire et réaffirme l’assistance réciproque par tous les moyens, y compris la force armée, en cas d'agression armée contre leurs territoires. Par exemple, c’est assurer qu’en cas d’attaque terroriste sur notre territoire, des moyens d’assistance ou de renseignements soient mis à disposition par l’Allemagne pour nous venir en aide, et vice-versa.

Non, la France ne va pas céder son siège de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies à l’Allemagne. Ni même le partager. En revanche, l’Allemagne et la France vont unir leurs efforts diplomatiques pour que l’Allemagne puisse devenir, à part entière, un membre permanent de ce Conseil ; Allemagne et France vont également coordonner leurs positions au Conseil de sécurité afin de parler d’une voix concordante.

Non, la France ne va pas céder l’Alsace et la Lorraine à son voisin d’outre-Rhin. Il s’agit de prévoir des dérogations administratives et juridiques afin de surmonter les obstacles à la réalisation de projets transfrontaliers. Il s’agit aussi de faciliter les déplacements quotidiens des travailleurs frontaliers. En matière de droit du travail, les normes nationales seront respectées. Si l’objectif du bilinguisme dans les régions frontalières est rappelé, allemand et français restent les langues administratives, sans changement bien sûr.

Par ailleurs, Allemagne et France vont créer « un fonds citoyen destiné à encourager et à soutenir les initiatives visant à rapprocher les deux peuples ». En matière de transition écologique, par exemple, des projets conjoints vont être élaborés ; ce sera le cas notamment à propos de la reconversion de la centrale nucléaire de Fessenheim dont la fermeture est programmée.

Également, un conseil franco-allemand d'experts économiques sera créé pour conseiller les deux Gouvernements et promouvoir une culture économique commune. Il est question d'instituer une zone économique franco-allemande dotée de règles communes.

Enfin, un rapprochement institutionnel va être prévu, avec l’adoption d'un programme pluriannuel de projets communs. De manière symbolique – mais pas que – un membre d'un des Gouvernements participera chaque trimestre au Conseil des ministres de l'autre État.

Voilà. Le traité d’Aix-la-Chapelle n’est rien d’autre qu’un traité de coopération renforcée entre nos deux Nations aux destins aujourd’hui convergents. Après avoir été si souvent en guerre, au prix de dizaines de millions de morts, nos deux pays confirment à nouveau aujourd’hui cette volonté de rapprochement qui nous anime, pour porter une voix forte, efficace et coordonnée, dans un contexte où les tensions internationales et le retour des discours nationalistes en Europe sont de plus en plus inquiétants.

Qui pourrait reprocher à Emmanuel Macron et Angela Merkel de faire en sorte que les voix de la France et de l’Allemagne continuent de porter, à travers celle de l’Europe ? Marine Le Pen ? Cela en dit long sur sa compréhension de la nécessaire globalisation de notre monde moderne et sur son utilisation presque pathologique des fake news ; souvenons-nous de ce qu’elle véhiculait il y a à peine quelques semaines sur le Pacte de Marrakech…

Rémi Chauvet, référent LaREM Paris 10


Pour aller plus loin, consulter le Traité entre la République française et la République fédérale d’Allemagne sur la coopération et l’intégration franco-allemandes ou encore.