« Il faut réinventer notre État providence. »

Le président de la République l’a annoncé à Montpellier, le 13 juin dernier, devant le congrès de la Mutualité. Le porte-parole du Gouvernement, Benjamin Griveaux, a rappelé que ce défi n’était pas une manœuvre électoraliste – on ne gagne rien en terme de voix à se projeter sur une décennie, voire plus – mais bien un enjeu pour les générations à venir.

Nous ne pouvons voir là, dans cet engagement fort et inédit de l’exécutif, que la marque de son attachement profond à réformer la France et à sortir des conservatismes qui la minent depuis trop longtemps. Depuis trop d’années, en effet, les gouvernements successifs ont empilé des mesures, souvent, reconnaissons-le, empruntent de bonnes intentions, mais produisant au final un millefeuille illisible d’aides diverses, accessibles après avoir traversé un véritable labyrinthe administratif. Combien de personnes en fragilité que nous rencontrons dans nos activités de terrain ignorent qu’il existe une aide à laquelle elles peuvent prétendre ou affirment avoir renoncé à l’une d’entre elles compte tenu des démarches sans fin à accomplir ?

A juste titre, les Français se plaignent de notre vieil État providence. D’abord, parce que malgré les sommes importantes qui y sont consacrées, notre système non seulement demeure toujours inégalitaire mais les inégalités s’accroissent. Ensuite, parce que ce système maintient trop souvent à bout de bras des personnes dans un état de survie sans toutefois leur permettre de s’en extraire. Enfin, parce que les prélèvements obligatoires semblent de plus en plus importants et ressentis comme confiscatoires par ceux qui y contribuent.

Il ne s’agit donc pas de faire plus, comme auparavant, afin de se donner bonne conscience. Il ne s’agit pas non plus de faire moins, comme l’opposition la plus dogmatique voudrait le faire croire, mais sans réussir à convaincre. Il s’agit, pour une fois, de faire mieux. Faire mieux, c’est agir sur trois piliers fondamentaux.

La prévention, tout d’abord. A cet égard, la mesure emblématique du reste à charge 0, le 100% santé pour l’optique, les audioprothèses et les soins dentaires, est essentielle. Elle évite à nos compatriotes de tomber dans l’appauvrissement s’ils engagent les dépenses aux taux actuels de remboursement que nous connaissons ; elle leur évite de subir une péjoration de leur état de santé s’ils renoncent à ces soins essentiels. Egalement, la mise en place d’un plan territorial d’accès aux soins afin de résorber les déserts médicaux permettra à chaque Français de bénéficier des mêmes droits en matière de santé. Rappelons-nous à ce stade que 35 quartiers parisiens sont classés comme déficitaires et vont bénéficier de ce plan… En ce qui concerne l’éducation - qui reste le meilleur moyen de prévention de la pauvreté - il est prévu le dédoublement des classes de CP en zone d’éducation prioritaire, ce qui concerne 120 écoles primaires parisiennes.

La responsabilisation, ensuite. Elle n’est pas – j’ai entendu cela quelques fois – la culpabilisation. Bien au contraire. Il s’agit de redonner confiance à nos concitoyens les plus fragiles, de leur redonner foi en l’avenir, en leur donnant les moyens de se sortir de la précarité et de quitter la spirale de ce que certains appellent l’assistanat. Bien sûr, cette responsabilisation passe par l’incitation au retour à l’emploi ; accompagner et renforcer le retour à l'emploi pour mobiliser les moyens ainsi dégagés puis ainsi créés - un salarié générant des cotisations sociales - afin de mieux encore aider les plus nécessiteux. La responsabilisation passe aussi par la création d’un droit à l’erreur afin « d’encourager la bienveillance dans les relations entre les Français et leurs administrations », pour qu’entreprendre, sortir des sentiers battus, changer d’orientation ne constitue plus un danger du fait d’une méconnaissance des règles. La refonte du code du travail, quant à elle, favorisera le dialogue social dans les petites et moyennes entreprises pour en finir avec l’opposition systématique - et préjudiciable aux deux parties - entre entreprises et salariés. Enfin, la suppression du régime social des indépendants au 1er janvier 2018 met fin à une protection sociale d’exception instaurée en 2006 et qui n’a jamais - loin de là ! - réussi à prouver son efficacité.

La solidarité, enfin. Elle doit s’exercer envers les plus fragiles, car la prévention et la responsabilisation ne peuvent pas s’appliquer, malheureusement, à tous. Certains de nos compatriotes vivent des situations si dramatiques que seule la solidarité leur évite de se perdre à jamais. Cette solidarité s’exprime ainsi, entre autres, par la poursuite de la rénovation des quartiers prioritaires de la ville, avec une enveloppe de 10 milliards d’euros ; cette mesure concerne 20 quartiers de Paris, soit 147 000 habitants (7% de la population de la capitale). Rappelons pour finir la suppression progressive de la taxe d’habitation. Pour les Parisiens - comme pour tous les Français - aux revenus nets (par personne) inférieurs à 2 500 €, soit plus d’un Parisien sur 2 (56%), la taxe d’habitation va diminuer d’un tiers dès 2018 ; elle sera supprimée totalement en 2021.

Dans un arrondissement comme le nôtre, un tel engagement pour repenser notre Etat providence aura un fort retentissement. Le 10e arrondissement de Paris est en effet un territoire où mixité sociale et diversité contribuent à en faire un arrondissement attractif, en perpétuelle transformation. Malgré tout, nous savons les écarts importants de niveau de vie de sa population et les quartiers où la pauvreté prévaut encore. Après des années de constatations et d’atermoiements, le temps de l’action est donc venu !

Rémi Chauvet, référent LaREM Paris 10