Si la France est le 4e pays pour l’accueil des étudiants étrangers, elle a néanmoins perdu son 3e rang au profit de l’Australie (USA, Grande-Bretagne, Australie et donc France) avec 340 000 étudiants étrangers dont 280 000 extra européens. 142 000 sont issus du continent africain. Son modèle d’enseignement, vu de l’étranger, n’est donc plus suffisamment attractif et la quasi gratuité des cursus proposés n’est plus un élément suffisant pour faire venir des jeunes talents.

Aussi, le Gouvernement français a-t-il annoncé une augmentation des droits d’inscription pour les étudiants étrangers non-européens, dès septembre 2019, permettant de générer entre 800 et 900 millions d’euros par an. L’inscription en licence coûterait alors 2 770 euros au lieu de 170 euros ; l’inscription en master ou en doctorat passerait de 243 ou 380 euros à 3 770 euros.

Pour rappel, une année universitaire coûte véritablement à l’Etat français près de 10 000 euros par an, ce qui laisse une marge de 6 ou 7 000 euros au bénéfice de l’étudiant étranger non-européen. Près de 20 000 euros, donc, resteraient à la charge du contribuable français, par étudiant qui effectue un cursus de 3 années d’études.

Le Premier ministre a rappelé fermement que les études resteraient gratuites pour les Français (la contrepartie de l’impôt) et pour les étudiants étrangers européens (dans le cadre du programme Erasmus).

Cette augmentation des droits d’inscription s’accompagnera d’une augmentation du nombre des bourses d’Etat, passant de 7 000 à 15 000 bénéficiaires, auxquelles s’ajoutent les bourses d’établissement, les bourses d’Etats étrangers, les bourses privées et des possibilités d’exonération. Cette hausse devrait avoir deux effets principaux :

  • Le premier est financier. Presqu’un milliard d’euros supplémentaires seraient ainsi alloués à l’enseignement supérieur, à rapporter aux 25 milliards d’euros du budget pour 2019 du ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation. Ce n’est pas négligeable et cela facilitera l’engagement de l’Université dans un cercle vertueux : plus d’argent, plus de moyens, de meilleurs enseignements et donc une plus grande attractivité.
  • Le second est la valorisation de l’image de l’enseignement universitaire en France. En effet, pour beaucoup d’étrangers, ce qui est gratuit est de peu de valeur. Aussi, en revalorisant les droits d’inscription, cela permet d’attirer de nouveaux étudiants étrangers (le Gouvernement table sur un total de 500 000 par an après cette réforme), notamment en provenance d’Amérique du Nord, d’Afrique anglophone ou d’Asie.

Cette proposition d’Edouard Philippe n’a rien de scandaleuse et les spécialistes de l’agitation universitaire ont tort de la critiquer. D’abord, elle est la règle dans la majorité des pays du monde (Suède et Danemark ont mis en œuvre récemment des réformes similaires). Ce n’est pas une raison, certes, mais cela fait réfléchir lorsque l’on sait que les Français dénoncent régulièrement le poids des prélèvements obligatoires. Ensuite, beaucoup des étudiants étrangers non-européens qui viennent en France sont issus de milieux favorisés, y compris les Africains francophones, et leurs familles peuvent sans difficultés supporter des frais universitaires qui resteront toujours très inférieurs à ce qui se pratique ailleurs dans le monde ; pour les autres, le nombre de bourses augmentera.

Nous entendons les syndicats étudiants, en mal de revendications, tenter de mobiliser leurs camarades sur ce thème. Ils devraient peut-être s'interroger sur la perte d’attractivité actuelle de l’enseignement universitaire français (perte d’une place dans le classement mondial) – ce qui démontre que le modèle actuel ne fonctionne plus – et sur la paupérisation de l’Université qu’eux-mêmes dénoncent, certainement à juste titre.

Dans une période où les Français ont une exigence de réduction de la fiscalité, de nouvelles sources de financement sont à considérer avec beaucoup d’intérêt. C’est ce que fait avec justesse et pragmatisme le Premier ministre et son gouvernement.

Rémi Chauvet, Référent LaREM Paris 10


Pour aller plus loin, consultez le Dossier de presse du Gouvernement "Stratégie d'attractivité pour les étudiant internationaux?"