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Il est tout de même cocasse de voir réunis sur la même estrade le député PS Boris Vallaud, le député Les Républicains Julien Aubert, le député de la France Insoumise Michel Larive et d’autres parlementaires des oppositions, dans un attelage qui relève du mariage de la carpe et du lapin. Et nous avons évité de peu l’audition extravagante sur ce sujet compliqué de l’un des leaders des gilets jaunes, Eric Drouet, devant les sénateurs, prévue (et heureusement annulée) le 9 avril dernier. Tout cela à l’occasion de l’ouverture du capital du Groupe Aéroports de Paris prévue, comme celle de la Française des Jeux et d’Engie, dans la loi Pacte (Plan d'action pour la croissance et la transformation des entreprises) dont l’objectif est de donner aux entreprises les moyens d’innover et de grandir.

Rappelons avant toute chose qu’ADP, initialement détenu depuis sa création en 1945 à 100% par l’Etat, a été transformé en société anonyme en 2005 puis introduit en bourse en 2006, sous la présidence de Jacques Chirac. Aujourd’hui, 50,6% du capital d’ADP appartient à l’Etat. Demain, il restera encore au capital du Groupe (peut-être à hauteur de 20%).

Les arguments des opposants à cette privatisation d’ADP, qui lancent une procédure de Referendum d’initiative partagée (qui devra être soutenu par un cinquième des parlementaires soit 185 députés ou sénateurs et 10% du corps électoral soit 4,7 millions de Français), sont divers. Pour certains – à l’extrême gauche – ils sont d’ordre idéologique. On ne vend pas "les bijoux de famille". Pourtant, si l’Etat était le mieux à même de gérer une entreprise, cela se saurait. Rappelons-nous le développement spectaculaire et la modernisation de Renault après sa privatisation… Pour d’autres – à droite, pourtant familiers des grandes campagnes de privatisation des années 1986-1995, et les socialistes – il s’agit de continuer de profiter des larges dividendes procurés par ADP (174 millions d’euros au total en 2018) et d’insister sur la question du contrôle de nos frontières.

C’est ne pas avoir compris (ou ne pas vouloir comprendre) comment travaillent le président de la République et le Premier ministre, pour imaginer qu’il s’agit dans cette opération d’une simple vente ; d’un coup unique. Il y a, derrière ce mot de privatisation qui peut effrayer nos concitoyens, une véritable stratégie et une vision du monde de demain.

En effet, le produit des cessions prévues dans la loi Pacte procurera deux bienfaits. Le premier, il permettra de baisser de 0,5 point la dette publique. Le second, il abondera à hauteur de 10 milliards d’euros (soit l’équivalent du coût des mesures annoncées en décembre dernier en faveur du pouvoir d’achat des Français) un fonds pour l’innovation de rupture – c’est-à-dire un fonds servant à financer des projets technologiques (intelligence artificielle, nanoélectronique…). Mais ce ne sont pas ces 10 milliards qui seront utilisés au service des entreprises de demain, mais le rendement à 2,5% des obligations d’Etat qui seront souscrites avec cet argent et qui rapporteront donc, annuellement et de manière constante, 250 millions d’euros (soit plus que le montant actuel des dividendes qui, lui, peut fluctuer d’une année sur l’autre) ; un investissement très rentable, donc.

En ce qui concerne la sécurité aux frontières, elle sera toujours assurée par l’Etat, par le contrôle qu’il exerce sur les migrations internationales. Les dispositifs de sécurité, comme les limitations du trafic aérien entre 23h30 et 6h00 le lendemain, demeureront inchangés

Dans cette affaire, comme dans bien d’autres, nous constatons encore une fois que le conservatisme des partis traditionnels, comptables de la situation économique et sociale actuelle de la France, pèse pour contenir notre société dans un schéma qui ne peut pas convenir au 21e siècle, fait de mondialisation et d’échanges. Les grandes économies de ce siècle (USA, Chine…) sont celles qui se sont adaptées à ces défis nouveaux. C’est aussi ce message que les Français, en votant en 2017 pour Emmanuel Macron, ont souhaité adresser collectivement : libérer et protéger les Français, en France et en Europe.


Rémi Chauvet, référent LaREM Paris 10