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Pour la première fois, un président de la République s’adresse aux Français, à tous les Français, pour leur parler d’eux et de notre pays ; dans un contexte non électoral.

Cette lettre est un exercice inédit de démocratie participative puisque les Français, tous les Français, sont appelés à donner leurs avis, à débattre de questions posées et à soumettre des projets.

Le Président a eu raison, en ouverture de sa lettre, de rappeler quelques principes fondamentaux de notre pacte républicain : la solidarité intergénérationnelle, la réduction des inégalités grâce à la redistribution, le rôle de l’impôt pour financer les services publics, le poids de la dette et la pression qu’elle fait peser sur les générations futures. Certains considèrent ces rappels comme un carcan. Ce n’en est pas un. C’est seulement la réalité économique de notre modèle de société qui les impose. Sauf à vouloir changer de modèle…

Il est possible effectivement de réduire considérablement les impôts. Mais il faudra alors faire des choix et supprimer des dépenses publiques. Diminuer le nombre de fonctionnaires (y compris dans l’éducation nationale, la police, les hôpitaux) ? Supprimer des prestations sociales ? Baisser les pensions de retraite ? Nous aboutirions alors à un modèle anglo-saxon dans lequel ceux qui trébuchent n’ont plus les moyens de s’en sortir.

Le Président a aussi eu raison de rappeler que la violence, l’insulte, étaient inacceptables. La mise en accusation générale, l’agression, ne peuvent pas être la base de nos discussions.

Nos compatriotes doivent se respecter, accepter de vivre dans une démocratie apaisée. Les violences systématiques du samedi, en marge des manifestations de gilets jaunes, doivent impérativement cesser, sous peine de mettre à mal notre économie et la patience d’une majorité de Français.

Nous ne pourrons dialoguer, proposer, amender la politique du Gouvernement, trouver des terrains de conciliation, que dans l’apaisement, le respect des Français et des institutions.

Pour autant, dans cette concertation, rappelons-nous qu’Emmanuel Macron a été élu démocratiquement à la présidence de la République en énonçant clairement son programme. Il n’est donc pas question de revenir sur des mesures qui portent déjà leurs fruits, ni sur les grandes orientations sur lesquelles il a été élu et pour lesquelles il rappelle que sa détermination n'a pas changé. Les électeurs d’Emmanuel Macron, et tous ceux qui lui ont donné une large majorité parlementaire, ne le comprendraient pas. Car trop longtemps, les gouvernements qui ont précédé celui d’Edouard Philippe ont remisé sous le tapis les grandes réformes qui étaient nécessaires. Aujourd’hui, elles ne sont plus nécessaires, elles sont indispensables. Il faut les mener…

Oui, l’impôt et la dépense publique doivent être reconsidérés et mieux appréciés. Le sentiment d’injustice fiscale est présent. Il ne faut pas le négliger, mais il doit aussi être analysé et la nécessité du consentement à l’impôt doit être mieux expliquée.

Oui, il y a des ajustements à apporter dans le fonctionnement de notre organisation démocratique, au niveau de l’Etat comme à celui des collectivités locales. Les différents échelons ne sont peut-être plus aujourd’hui nécessaires comme ils le furent par le passé. La réforme de l’Etat devient indispensable.

Oui, la transition écologique est essentielle. Si elle induit certes aujourd’hui des coûts, elle apportera demain son efficacité, y compris économique à l’échelon des individus. C’est un investissement à moyen terme et qui sera hautement profitable pour les générations à venir.

Oui, notre démocratie a besoin de se renouveler, d’être dépoussiérée. Nos compatriotes souhaitent être plus souvent consultés et mieux entendus. Il faut mieux prévoir la participation des Français à la prise de décision.

Cette consultation est une excellente réponse à la crise que connaît actuellement notre pays. Mais gardons-nous de rejeter en bloc un système qui a apporté la paix, la croissance, la justice sociale et la richesse collective à chacun d’entre nous. La France est l’un des pays dans lequel le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté est le plus faible. Notre système de santé et d’éducation sont enviés par nos voisins. La France est un pays où il fait bon vivre. Mais tout cela peut être facilement ébranlé.

Que des propositions soient faites et que les Français s’emparent de ce grand débat ! Mais attention. Les lobbys – nous l’avons vu sur la question du mariage pour tous lors de la primo-consultation par le CESE – peuvent s’emparer d’un sujet (réforme d’une prestation, suppression d’un échelon administratif…) et détourner la volonté populaire parce qu’ils auront été les plus nombreux et les plus rapides à interagir. Et ne cédons pas aux sirènes populistes en réduisant la solidarité et en cultivant le chacun pour soi. Ce serait une négation de notre pacte républicain.

Rémi Chauvet, référent LaREM Paris 10


Pour aller plus loin, consultez dans son intégralité la Lettre aux Français.