En ces temps de défiance envers les institutions, l’Europe n’échappe pas à la critique de nos compatriotes. En effet, plus les élus sont éloignés d’eux, et moins les Français leur accordent leur confiance. Avec cette règle, les maires sont les mieux aimés des élus. Et les députés européens, malheureusement…

Il est vrai que l’Europe, qui devait être généreuse, accueillante et bienfaitrice, s’est muée, par beaucoup d’aspects, en une Europe castratrice, tatillonne, tentaculaire. Souvent trop occupée à imposer ses nomenclatures, elle n’a parfois plus pris le temps de distribuer ses bienfaits. Pour les peuples, l’Europe semble parfois être devenue un monstre bureaucratique que même Kafka n’aurait pu imaginer. Bien sûr, que vient faire l’Europe dans tous les petits détails de notre vie quotidienne ? Pourquoi donne-t-elle l’impression de dresser des obstacles sur le chemin de ceux qui entreprennent, leur imposant tant de contraintes ? Notre Europe s’est éloignée de l’essentiel — les valeurs — et, pire encore, s’est arrêtée sur le chemin d’une complète intégration pour se retrouver dans un entre-deux qui ne satisfait personne.

Alors qu’aujourd’hui de plus en plus de Français sont tentés par le vote extrême, imaginent-ils ce que serait notre continent sans l’Europe ? Un continent déchiré régulièrement par les conflits. Un continent où le simple fait de voyager en Espagne ou en Belgique nécessiterait un visa et une monnaie différente. Les exemples sont si nombreux… Notre Europe, c’est la paix. Notre Europe, c’est la mise en commun de moyens pour aider les régions les plus en difficulté. Notre Europe, c’est une élévation générale du niveau de vie et du niveau culturel des populations.

Lorsque Robert Schuman, alors ministre français des affaires étrangères, propose, dans son discours du 9 mai 1950 (le 9 mai est devenu depuis la Journée de l’Europe), la création de la première communauté supranationale d’Europe (la Communauté européenne du charbon et de l’acier – CECA), son but est de rendre la guerre entre la France et l’Allemagne "non seulement impensable, mais aussi matériellement impossible". N’oublions pas que la guerre franco-allemande de 1870, puis les deux guerres mondiales ont provoqué près de 100 millions de morts en 75 ans… Rappelons que sur le territoire de cette Europe politique (à 6, et jusqu’à 28 aujourd’hui) aucun conflit ne s’est produit en 70 ans. 100 millions de morts d’un côté, 0 de l’autre... L’Union européenne n’aurait-elle aujourd’hui qu’un seul mérite, ce serait celui de la pacification de peuples enclins bien trop souvent à régler leurs différends par les armes. Mais nous nous sommes sans doute trop habitués à ce privilège – la paix – que beaucoup pourtant nous envient, allant parfois jusqu’à devoir risquer leur vie en mer pour trouver refuge en Europe.

Lorsque le bloc soviétique s’est effondré, miné par la dictature, la paupérisation et la corruption, les peuples enfin libérés n’ont eu de cesse que de se précipiter sous la protection de l’Europe politique, économique, diplomatique et, d’une certaine façon, militaire… Bien sûr, les mécanismes de solidarité financière entre les Nations ont aussi joué dans cette attraction. La Grèce (1981, après la Dictature des Colonels), l’Espagne (1986, après le Franquisme) et le Portugal (1986, après le Salazarisme) ont évidemment bénéficié de la solidarité européenne pour conforter leur retour en démocratie et pour se développer économiquement. Entre 2004 et 2013, pas moins de 11 pays anciennement sous la sphère d’influence soviétique ont intégré l’Union européenne : Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Slovaquie, Slovénie et Tchéquie en 2004 ; Bulgarie et Roumanie en 2007 ; Croatie en 2013. Et c’est cette grande Europe, diverse, riche de ses passés et de ses Histoires qui se parle – se dispute parfois – et nous apporte la stabilité qui permet de se développer, sans penser à préparer la guerre.

Certains chiffres qui s’écrivent ici ou là encouragent bien sûr les plus eurosceptiques – les plus populistes, en vérité – à demander un retour sur investissement. "Nous donnons 100 à l’Europe, elle doit nous redonner 100." C’est le fameux "I want my money back" de la très libérale Margaret Thatcher dont s’inspirent aujourd’hui librement – ils ne sont pas à un paradoxe près – les partis extrémistes français : Les Insoumis d’un côté et le Rassemblement National de l’autre. Mais qu’est-ce que cette façon de raisonner, si ce n’est le refus des mécanismes de la solidarité ? Comment des partis qui revendiquent une forme d’internationalisme (aussi en raison de prétendues racines religieuses), qui mettent en avant le principe de générosité et de solidarité entre les peuples, peuvent-ils brandir l’étendard du chacun pour soi qu’ils accolent trop souvent – et à tort – au modèle capitaliste ? Si l’on devait appliquer ce principe du "I want my money back", il faudrait supprimer les impôts et les redistributions (parmi les plus efficaces et généreuses au monde), et supprimer les mécanismes de péréquation entre collectivités locales.

Le grand tort de nos élus, par le passé, fut de dénigrer cette Europe et d’en faire la responsable de toutes nos incuries. Un truc qui ne fonctionne pas ? C’est la faute de l’Europe. Une règle contraignante ? C’est la faute de l’Europe. Par défaut de courage, par faiblesse et par manque de capacité à expliquer les choses, les gouvernements successifs se sont appliqués à mettre à leur crédit les bons résultats et sur le dos de l’Union européenne, toutes les difficultés. Si on ajoute à cela que trop longtemps le Parlement européen a permis aux recalés du suffrage universel français de se (re)faire une santé politique dans l’éloignement médiatique tout en conservant des indemnités confortables, on comprend aisément que nous avons désigné aux Français cette belle Europe comme un grand machin inutile, coûteux et nous empêchant de tourner en rond.

Durant la campagne pour l’élection présidentielle de 2017, Emmanuel Macron a eu le courage, l’intelligence et l’honnêteté de brandir le drapeau étoilé dans ses meetings. Faisant cela – tout comme dans sa tribune du 5 mars dernier à tous les citoyens d’Europe – il prouvait aux Français qu’il avait une vision pour la France au sein de l’Europe, pour construire un pays plus fort, plus fier, plus respectueux des libertés et plus solidaire de ses voisins et de ses alliés.

La liste Renaissance portée par Nathalie Loiseau et ses colistiers, et voulue par Emmanuel Macron et Edouard Philippe, redonne l’espoir dans une Europe des valeurs, de la fraternité, de la solidarité, de la culture et de la liberté ; mais aussi propose une Europe plus moderne, une Europe nouvelle, moins bureaucratique et au service des citoyens.

Le dimanche 26 mai 2019, l’Europe aura besoin de nous au moins autant que nous avons besoin d’elle. Ne la laissons pas tomber. Secouons-la lorsque c’est nécessaire, mais ne la faisons pas chuter. A partir du 26 mai prochain, donnons au Parlement européen renouvelé les moyens de dessiner un nouveau destin commun et de retrouver l’adhésion des peuples qui se sont unis autour d’un même idéal.


Rémi Chauvet, référent LaREM Paris 10