Dans une intervention liminaire de près d’une heure, Emmanuel Macron a présenté une synthèse des sentiments qu’il a perçus à l’issue du Grand Débat national, ses objectifs et ses orientations. Des sentiments générés par des réformes structurelles aujourd’hui nécessaires et qui ont été, durant de trop longues années, écartées ou inlassablement reportées par les gouvernements successifs. Beaucoup de ces réformes sont à présent mises en œuvre par le gouvernement d’Edouard Philippe, pour le plus grand profit de notre pays et des Français.

Oui, le président de la République a entendu les demandes qui lui ont été faites et la colère qui s’est exprimée à l’origine du mouvement des gilets jaunes ; colère qui s’est ensuite perdue dans la violence qui ne pourra pas perdurer : l’ordre public doit être rétabli. Emmanuel Macron reconnaît avoir beaucoup appris des sentiments d’injustice, d’incompréhension, de défiance, d’abandon, de déclassement qui lui ont été rapportés au cours des mois de cette consultation inédite qui s’est achevée le 15 mars dernier. A travers les nombreuses heures de débat auxquels il a participé, il a perçu l’épaisseur de certaines situations personnelles, en particulier, la situation des familles monoparentales, des retraités, des aidants familiaux. La peur des changements lui est apparue légitime : changement climatique, changement migratoire, changement numérique, déclassement social, vieillissement…

Pour autant, le président de la République estime ne pas avoir fait fausse route durant ces deux dernières années, depuis son élection. Les orientations prises sont justes. Justes, en matière de santé. Justes, en matière de logement. Justes, en matière d’éducation. Justes, en matière de solidarité. Justes, en matière économique. Justes, en matière européenne. D’ailleurs, les résultats sont là : pouvoir d'achat, investissements, croissance, emploi, industrie… les indicateurs virent au vert.

Emmanuel Macron a toutefois perçu la nécessité de placer plus encore l’homme au cœur de son projet pour la France ; projet qui devra être encore plus juste et plus humain. Il faut retrouver la maîtrise de notre destin et de notre vie, tant au niveau national qu’au niveau européen.

Un nouveau temps va s’ouvrir afin de donner une espérance de progrès à chacun qui, en retour, devra donner le meilleur de lui-même. C’est cela, l’art d’être français, thématique qui revient à plusieurs reprises dans les mots du Président. Cet art d’être français, c’est celui des "permanences" qu’il évoque en fin d’allocution, mais c’est aussi celui de débattre de tout.

Emmanuel Macron a présenté quatre grandes orientations pour construire cette nouvelle étape de son quinquennat.

Première orientation : changer notre démocratie, l'organisation de l'Etat et notre administration.

Car les Français constatent que si on leur demande de changer, les pouvoirs publics, eux, ne changent pas. Profondément attaché à notre démocratie représentative, Emmanuel Macron propose une réforme du Parlement avec une diminution du nombre de parlementaires et l’introduction d’une dose de proportionnelle lors des élections législatives. Il ne retient pas l’idée du référendum d’initiative citoyenne, tout comme la reconnaissance du vote blanc ainsi que le vote obligatoire. Néanmoins, pour permettre aux citoyens de mieux et plus intervenir dans la vie démocratique, le chef de l’Etat propose une simplification du recours au référendum partagé, avec l’abaissement à un million du nombre de signatures nécessaires (contre 10% du corps électoral actuellement, soit 4,7 millions), un droit de pétition au niveau local, la création d’un Conseil de la participation citoyenne composé de 150 Français tirés au sort dès le mois de juin et qui interviendra dans le cadre du Conseil économique, social et environnemental. Le chef de l’Etat propose également, dès le premier trimestre 2020, un nouvel acte de décentralisation avec un transfert de la responsabilité démocratique aux collectivités. Emmanuel Macron souhaite réconcilier la capitale, les métropoles et le monde rural, en particulier en abaissant le nombre de fonctionnaires dans les administrations centrales et en les réaffectant sur le terrain, au plus près des Français ; c’est dans ce cadre que s’ouvriront près de 2000 guichets France-Services, soit un par canton, afin de servir de guichet unique et simplifié pour les démarches administratives de tous les Français. Les services publics seront redéployés, générant des baisses des dépenses publiques, et la haute fonction publique sera réorganisée, notamment en revoyant le recrutement et la gestion des carrières afin de mieux reconnaître les réalités sociales puis de mieux connaître les réalités du terrain. La réforme constitutionnelle reviendra devant le Parlement à l’automne, conformément aux engagements pris par le président de la République.

Deuxième orientation : remettre l’humain et les justices fiscale et sociale au cœur du pacte républicain

Oui, il faut encore plus lutter contre l’évasion fiscale qui crée un fort sentiment d’injustice. Il faut aussi baisser les impôts pour tous les Français et une évaluation de la réforme de l’ISF sera menée. En contrepartie de la baisse de l’impôt sur les sociétés (25% à la fin du quinquennat), les niches fiscales pour les entreprises seront supprimées. Les niches fiscales des ménages seront, elles, maintenues. Emmanuel Macron, au passage, a rappelé l’efficacité du système redistributif français. Mais la fiscalité ne fera pas tout. Il faut poursuivre la réforme de l’éducation, avec notamment le retour à des classes à taille humaine, partout en France (pas plus de 24 élèves dans les classes de la grande section de maternelle au CE1), la revalorisation du métier d’enseignant, le développement de la formation professionnelle, initiale et à chaque instant de la vie. Un effort devra être fait durant les 1000 premiers jours de la vie d’un enfant, fondamentaux pour son développement intellectuel, social, psychologique… ; les moyens devront être mis. Le chef de l’Etat l’a rappelé, le savoir est la première façon de lutter contre les injustices. La deuxième façon, c’est par le travail. Le retour à l’emploi devra être réexaminé, avec la meilleure prise en compte par Pôle Emploi des problématiques de déplacement et de garde d’enfant. Et le travail devra mieux payer, ce qui est déjà en partie le cas avec la baisse des cotisations sociales salariales, la défiscalisation des heures supplémentaires et de certaines primes ; l’intéressement sera renforcé. Enfin, les retraites de moins de 2000 euros seront réindexées dès le 1er janvier prochain et il n’y aura plus aucune retraite sous-indexée en 2021.

Troisième orientation : bâtir la confiance dans les transitions.

Le climat doit être au cœur du projet national et européen. Pour cela, un "Conseil interministériel de défense écologique" va être mis en place afin de mettre la transition écologique au coeur de toutes les politiques. Les méthodes d’incitation devront être revues, ce qui sera la première mission de la "Convention Citoyenne sur le Climat" composée de 250 citoyens, tirés au sort dès le mois de juin ; ses propositions seront ensuite soumises, "sans filtre", au Parlement ou au référendum. Enfin, une ambition écologique citoyenne devra être dessinée, avec la fixation d’un prix minimum du carbone et une véritable finance verte. Dans la question des transitions, le chef de l’Etat a souhaité évoquer la question fondamentale de la dépendance qui doit conduire à la création d’une filière d’emploi et à la réduction du reste à charge en Ehpad.

Quatrième orientation : réaffirmer les "permanences" du projet français

C’est l’art d’être français cher au cœur d’Emmanuel Macron. Ces permanences, à réaffirmer et à défendre, ce sont la langue, la culture, la famille dans toutes ses formes, y compris les nouvelles dont les monoparentales sur lesquelles le chef de l’Etat a beaucoup insisté (garantie des pensions alimentaires, protection des aidants familiaux…), l’engagement à travers les associations, la solidarité ou encore le service national universel, la laïcité - le président de la République a rappelé la nécessité de réaffirmer et d’appliquer la loi de 1905 afin de lutter contre les communautarismes et l’islamisme politique -, les frontières - ce qui impliquera une réforme de la politique migratoire de l’Europe et que les frontières soient "tenues" ; un débat se tiendra chaque année sur la politique migratoire de la France, avec au cœur le devoir de solidarité mais aussi de responsabilité.

En conclusion, et avant de répondre aux questions des journalistes, Emmanuel Macron a redit sa volonté de replacer l’humain au cœur des politiques. "Un citoyen libre, dans une Europe plus forte."

Durant cette conférence de presse inédite pour lui, Emmanuel Macron a démontré, une nouvelle fois, la vision globale qu’il avait de notre Nation, tant dans ses "permanences" que dans ses craintes, de ses attentes ; sa politique fait montre d’une très grande cohérence et il appartient à chacun d’entre nous de comprendre l’opportunité que nous avons aujourd‘hui, grâce à lui, de rendre à la France sa grandeur grâce à la mise en œuvre de réformes trop longtemps repoussées par manque de courage politique.


Rémi Chauvet, référent LaREM Paris 10