Il y a des inquiétudes qu’il faut entendre : la peur du déclassement, la peur du chômage, les fins de mois difficiles, les maigres retraites… Il faut les entendre et tenter d’y trouver des solutions : c’est ce qu’Emmanuel Macron et le gouvernement d’Edouard Philippe font depuis vingt mois.

Mais toutes les formes de contestation ne se valent pas. Manifester est un droit. Casser, bloquer, insulter sont des atteintes à la démocratie et à notre République. Depuis le début du mouvement des gilets jaunes, certaines limites ont été dépassées. Bien trop souvent. Avec parfois le silence complice de certains partis politiques ou de certains médias qui n’ont pas su ou voulu voir que, derrière la couleur jaune, le brun et le noir perçaient…

D’autres mouvements sociaux, dans notre histoire récente, ont provoqué des blocages. Certes. Mais bloquer des accès routiers, des ronds-points, et ne laisser passer que ceux qui présentent un sauf-conduit – un gilet jaune, en l’occurrence, placé sur le tableau de bord du véhicule – ou répètent un mot de passe – « Macron démission », dans le moins pire des cas – est inédit.

Tout cela avait déjà une fâcheuse tendance à rappeler les épisodes sombres de l’histoire de ce monde qui ne va pas toujours bien ; et particulièrement, l’ignominie de la Seconde Guerre mondiale qui continue de hanter notre pensée collective et individuelle. Un degré supplémentaire a été franchi dans l’inacceptable avec la résurgence ces dernières semaines de mots, de slogans, de dessins qui renvoient à la montée du fascisme dans les années 30, en Allemagne et en Italie. Comment ne pas penser en effet à la Nuit de Cristal, du 9 au 10 novembre 1938, et à son cortège de terreur, de cris et de larmes. Et aux morts, bien sûr…

Les croix gammées sur les portraits d’une femme politique de premier plan, entrée il y a moins d'un an au Panthéon français - Simone Veil, bien sûr -, le mot « Juden » peinturluré sur la vitrine d’un magasin dont le nom est à consonance hébraïque (Bagelstein), ou encore les arbres plantés à la mémoire d'Ilan Halimi tué parce que de confession juive, sciés à quelques jours de la commémoration du 13e anniversaire de son décès, et toutes ces dégradations, trop nombreuses pour être citées, il faut le dire, rouvrent des blessures, ravivent des mémoires, convoquent les larmes.

Ces larmes, elles sont faites de tristesse, de colère et de honte. La tristesse, à l’égard de ceux qui sont directement visés, de leur famille, de leurs amis, de leurs frères et de leurs sœurs. La colère, parce que l’éducation, la culture et l’instruction n’ont pas encore réussi à rassembler les femmes et les hommes, quelles que soient leurs singularités, et donc leur richesse intérieure et leur apport à notre société. La honte, celle de vivre au milieu de personnes qui n’ont pas appris du passé, de nos erreurs collectives et des lâchetés individuelles ; et n’ont rien retenu de la vérité enfin reconnue par les présidents de la République depuis l’extraordinaire discours de Jacques Chirac, le 16 juillet 1995, à l’occasion du 53e anniversaire de la rafle du Vel d’hiv.

Ce que j’écris là, je l’écrirai pour toutes celles et tous ceux qui sont insultés et blessés en raison de leur appartenance à un groupe, un genre, une religion, une société, une culture. Peu m’importe…

Au-delà de l’émotion, il y a la prévention. La prévention et la sanction... La sanction pour les auteurs de ce que l’on pensait disparu à jamais. Une peine exemplaire, visible, publique. La prévention, celle que doivent faire notre éduction et notre culture, pour les générations à venir et pour les générations actuelles – malheureusement – qui, trop habituées à vivre en paix, ne connaissent plus le sens de l’outrage et de l’abject.

« Quand souffle l’esprit de haine, avivé ici par les intégrismes, alimenté là par la peur et l’exclusion. Quand à nos portes, ici même, certains groupuscules, certaines publications, certains enseignements, certains partis politiques se révèlent porteurs, de manière plus ou moins ouverte, d’une idéologie raciste et antisémite, alors cet esprit de vigilance qui vous anime, qui nous anime, doit se manifester avec plus de force que jamais. » Jacques Chirac, président de la République française – Paris, 16 juillet 1995

« En France aujourd’hui, cette corruption des esprits, cet affaiblissement moral et intellectuel que sont le racisme et l’antisémitisme sont encore présents et bien présents. Ils prennent des formes nouvelles, changent de visage, choisissent des mots plus sournois. Et puis un jour, parce qu’on s’est tu, parce qu’on n’a pas voulu voir, le passage à l’acte intervient. Alors ce qui était des mots, ce qui n’était chez les uns que de la haine formulée différemment et chez les autres une forme de lâcheté ou une complaisance à ne pas vouloir voir, alors cela devient des vies fauchées et des gestes qui tuent. » Emmanuel Macron, président de la République française – Paris, 17 juillet 2017


Rémi Chauvet, référent LaREM Paris 10

0a162ec5-50cc-47a6-afbf-7ba6865e005f.jpg "Simone Veil, plus forte que la barbarie des anonymes." Christian Guémy, artiste peintre.