Longtemps, nous avons cru que le grand danger pour ce monde viendrait de la pénurie des énergies fossiles. Les marchés se sont pourtant organisés, les pays producteurs se sont montrés collectivement responsables et les pays fortement consommateurs ont su développer des économies moins énergivores et faire de la transition énergétique l’un des grands enjeux des années à venir.

Puis nous avons nourri de fortes inquiétudes au sujet de l’eau. Le manque d’eau dans beaucoup de pays de l’hémisphère sud, la pollution des espaces maritimes…autant de sujet de préoccupations qui menaçaient les équilibres mondiaux. Mais là encore, des techniques se développent pour tenter d'éviter les trop grands bouleversements, même si certaines sécheresses dramatiques ont provoqué et continuent de provoquer de véritables désastres sanitaires et que le 6e continent, tout de plastique, inquiète à juste titre.

Aujourd’hui, le sujet de préoccupation majeure, pour l’ensemble des pays du globe, doit être l’air.

En Chine, par exemple… Une récente étude de Université chinoise de Hong Kong a démontré que la pollution atmosphérique est responsable chaque année de la mort prématurée de plus d’un million de personnes.

Dans les 28 états membres de l’Union européenne, on estime à 391 000 le nombre de décès causés annuellement par la pollution atmosphérique.

En France, la pollution de l’air provoque chaque année 48 000 décès prématurés (l’équivalent d’une ville comme Carcassonne), soit 9 % de la mortalité du pays, et coûte annuellement, principalement au regard des dépenses de santé générées par les pathologies induites, 100 milliards d’euros. 30 % des adultes et 20 % des enfants ont des allergies respiratoires. Ce constat est sévère. Il est le résultat d’un 20e siècle qui se fichait pas mal de l’environnement et de la préservation de nos ressources naturelles.

Paris compte à elle seule 2,2 millions d’habitants, et le Grand Paris en totalise plus de 7 millions. Les épisodes de fortes pollutions se succèdent, et pas seulement en été puisque les hivers aussi – celui-ci, de 2019, avec un mois de février presque estival – enchaînent de longues périodes sans pluie ni vent qui favorisent la dispersion des particules les plus polluantes. Les populations, du reste, semblent se résigner à la permanence d’un brouillard de pollution qui flotte au-dessus des têtes et brouille les perspectives (sans compter les picotements dans les gorges et les brûlures dans les yeux que nous sommes nombreux à tenter de contenir à coup d'antihistaminiques...). Aujourd’hui 50 % des Parisiens sont exposés à des taux supérieurs aux seuils fixés par l’Union Européenne.

Ce sujet de l’air est trop important pour être pris en otage par des élus qui, pour pointer du doigt un prétendu manquement de l’Etat ou pour préparer une prochaine échéance électorale, se drapent dans de grands principes, font des annonces (devant la presse) et donnent des coups de menton.

Alors que se construit le Grand Paris de demain qui sortira enfin de son corset du boulevard périphérique, il semble inconséquent de vouloir prendre une mesure pour la seule ville de Paris, sans concertation ni coordination avec les villes voisines. Sans cet indispensable et légitime travail en commun, des mesures aussi contraignantes que la circulation différenciée seront mal perçues, donc mal respectées et donc relativement inefficaces. C'est d'ailleurs ce que rappelle à juste titre Michel Delpuech, préfet de police de Paris, à propos de sa décision d’interdire ce mercredi les véhicules polluants de circuler à l’intérieur de l’A86 : "Je ne décide pas à l’échelle de Paris. Mes décisions ont une portée régionale, il ne faut pas en négliger l’impact." (Interview complète à retrouver dans Le Parisien)

Demain, les élus locaux, et notamment les élus parisiens, devront mieux travailler avec les services de l’Etat, mais aussi avec les élus des communes voisines, pour mettre en œuvre des mesures efficaces et profitables à tous. Car il faut évidemment aller plus loin pour réduire la pollution atmosphérique. La place de la voiture dans la cité devra, certes, être encore réévaluée, de façon concertée, pragmatique et efficace ; mais le particulier ne pourra pas se sentir l’unique responsable, comme c’est parfois trop souvent le cas aujourd’hui. La problématique du dernier kilomètre (des derniers cinquante kilomètres, en l’occurrence) devra être attentivement examinée et les entreprises de la distribution devront prendre leur part dans la bataille pour un air durablement de qualité. Les industries présentes en périphérie de la grande métropole devront elles aussi prendre ou poursuivre des mesures de réduction drastiques de leurs émissions. Et bien d’autres mesures encore à imaginer…

Cette évolution de nos comportements, individuels et collectifs, ne pourra se faire efficacement qu’avec l’assentiment et l'effort de tous. Parce que la pollution ne connaît pas de frontières, ni d'idéologies et encore moins de postures politiciennes, c’est ensemble que nous lutterons contre la pollution atmosphérique.


Rémi Chauvet, référent LaREM Paris 10