Alors que depuis des décennies, la situation des urgences, en France, ne cesse de se dégrader du fait d’un manque de moyens financiers et du manque de discernement de certaines personnes qui s’adressent aux urgences alors que leur pathologie relève de la médecine de ville (le nombre de passages annuels a doublé en 20 ans, atteignant plus de 21 millions en 2017), la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, a annoncé, ce lundi 9 septembre, un effort financier inédit pour restaurer les services d’urgences, soutenir les professionnels de santé et améliorer les soins pour tous dans notre pays.

Ce plan doté de 754 millions d’euros pour la période 2019-2022 s’ajoute aux mesures prises avant l’été pour un montant de 70 millions d’euros et qui vont, à hauteur de 50 millions, financer une prime de risque mensuelle pour le personnel paramédical des urgences.

Les douze mesures de ce nouveau plan, qui vise à mettre un terme à la crise des urgences que connaît actuellement notre pays, forment trois objectifs majeurs.

Le premier objectif est la meilleure régulation des urgences. Un service d’accès aux soins (SAS), d’un coût de 340 millions d’euros sur trois ans, accessible par téléphone ou par internet, permettra de "répondre à toute heure à la demande de soins des Français". Il permettra d’obtenir, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, un conseil médical ou paramédical, de prendre un rendez-vous pour une consultation avec un médecin généraliste dans les vingt-quatre heures, de procéder à une téléconsultation, d’être orienté vers un service d’urgences ou d’appeler une ambulance. Mieux pris en charge depuis leur domicile, parfois rassurés sur la non-gravité de l’affection dont ils se plaignent, renseignés sur le service d’urgences le plus apte à les recevoir rapidement, les Français n’auront plus à se précipiter, au plus vite et au plus proche, avec le risque d’attendre des heures dans des conditions anxiogènes et dans des salles d’attente encombrées. Par ailleurs, les hôpitaux et les Ehpad devront passer des accords afin que les pensionnaires âgés soient accueillis directement dans les services hospitaliers, sans passer par les urgences ; Agnès Buzyn souhaite qu’il n’y ait plus de patients de plus de 65 ans aux urgences d’ici 5 ans. Enfin, des gestionnaires de lits vont être embauchés et des logiciels de prédiction des besoins vont être mis à disposition, afin d’optimiser les lits vides existant et d’en recréer si besoin.

Le deuxième objectif est de recourir de manière accrue à la médecine de ville notamment via la création de cinquante maisons médicales de garde, accueillant plusieurs médecins libéraux, à proximité directe de tous les services d’urgences totalisant plus de 50 000 passages par an. Ces maisons médicales seront une alternative aux urgences, avec des soins entièrement gratuits grâce à la généralisation du tiers payant et à son élargissement à la part complémentaire santé. Et pour que le service soit comparable à celui fourni par les urgences pour les problèmes peu graves, ces maisons médicales – comme également certains cabinets libéraux – pourront réaliser des examens de biologie médicale simples et automatisés dont les résultats seront accessibles dans des délais très courts.

Le troisième objectif est une meilleure gestion des services d’urgences pour renforcer la qualité et la sécurité des prises en charges :

  • en renforçant la sécurité des professionnels exerçant aux urgences,
  • en luttant plus efficacement contre les dérives de l’intérim médical afin que les vacataires n’aient plus le droit de cumuler plusieurs emplois,
  • en utilisant mieux les compétences médicales et soignantes via la graduation des services d’urgence et une réforme des transports médicalisés,
  • en réformant le financement des urgences qui ne se fera plus exclusivement en fonction de critères d’activité, mais via le versement d’une "dotation populationnelle", c’est-à-dire une "enveloppe forfaitaire" qui dépendra de l’importance de la population couverte et de ses caractéristiques socio-économiques, ainsi que de la "densité médicale libérale dans leur territoire" ; ceci afin de ne pas pénaliser les services d’urgences qui recevront, grâce aux mesures énoncées par la ministre de la santé, moins de patients.

Avec ce plan de 754 millions d’euros qui n’affectera pas l’Objectif national de dépense d’assurance maladie (Ondam), le gouvernement d’Edouard Philippe fait un effort presque historique pour ramener le niveau qualitatif des services d’urgences dans notre pays à ce qu’il doit être dans un grand pays moderne. Un pays où ne se reproduit plus un drame comme celui survenu le 15 décembre dernier où une quinquagénaire a été retrouvée morte après avoir patienté douze heures sur un brancard. C’était dans la salle d’attente des urgences de l’hôpital Lariboisière dans le 10e arrondissement – l’un des plus gros services d’urgences de France, où se concentrent détresse sociale et précarité, comme nous avons encore pu le voir ces dernières semaines avec ces mères et leurs nouveau-nés, hébergés de façon sommaire, dormant parfois à même le sol, dans un coin des urgences obstétriques.

Une nouvelle fois, ce gouvernement prend en charge des difficultés que connaît notre service public et qui ont été laissées sans solution pendant des décennies, avec pour résultat une dégradation du service dû aux Français. Ce pacte de refondation des urgences s'inscrit dans le plan santé du Gouvernement, Ma Santé 2022, présenté le mardi 18 septembre 2018 et qui vise à permettre un meilleur accès à la santé pour tous, à réorganiser le service hospitalier et à soulager la médecine libérale.


Rémi Chauvet, référent LaREM Paris 10