Jacques Chirac, à qui la France a rendu un hommage mérité en début de semaine, avait pour habitude de citer le philosophe français Jean Guitton, mort il y a tout juste 20 ans, et qui disait « Être dans le vent, c’est avoir le destin des feuilles mortes ». Le vent du conservatisme souffle, et deux élus parisiens s’envolent au gré des courants, passifs…

Si l’on consulte le site de la mairie de Paris, deux articles attirent l’attention du lecteur à propos de la gare du Nord : le premier date du 24 septembre 2018 et s’intitule De nouvelles dimensions pour la gare du Nord (il a depuis été retiré...mais notre archive est disponible ici) ; le second date du 21 février 2019 et s’intitule, lui, La gare du Nord se métamorphose à l’horizon des JO 2024. Deux articles qui vantent le projet et la prétendue clairvoyance de ses initiateurs municipaux… Tout est décrit, avec beaucoup de détails et de précisions :

  • le projet architectural de Valode et Pistre Architectes, avec le triplement des espaces (110 000 m²)
  • le montage financier qui fera de Ceetrus, société privée immobilière du groupe Auchan, l’actionnaire majoritaire de l’ensemble pour les 46 prochaines années
  • le cheminement, avec la séparation assumée des arrivées (au niveau des quais) et des départs (par un jeu de passerelles)
  • le respect du bâtiment de Jacques-Ignace Hittorff, qui date de 1864
  • l’exemplarité environnementale avec le respect des normes les plus récentes, la création d’un jardin de 7 700 m² et la pose de panneaux photovoltaïques
  • les commerces, les restaurants, les services, les espaces de coworking, la piste de trail sur le toit, les espaces d’exposition et la salle de concert de 2 000 places sont vantés
  • et, bien sûr, l’aménagement des espaces extérieurs.

Et de communiqué de presse laudateur (9 juillet 2018) de la maire de Paris, en signature de protocole (22 février 2019) par la Ville de Paris ; d'avis favorable (le 24 juin 2019) du conseil du 10e arrondissement présidé par Alexandra Cordebard, maire du 10e, en vote favorable du Conseil de Paris (le 10 juillet 2019) sur la demande de permis de construire, portée et défendue par Jean-Louis Missika ; la municipalité actuelle n'a pas ménagé ses efforts pour faire sien ce projet commun et le défendre.

Mais voilà... Parce qu’un collectif de « spécialistes » a rédigé une tribune dénonçant ce projet, la maire du 10e arrondissement, Alexandra Cordebard, et Jean-Louis Missika, adjoint à la maire de Paris, expliquent dans une tribune qu’ils ne soutiennent plus ce projet et, pour être dans le vent – croient-ils – se laissent porter dans une autre direction.

Sans doute, l’approche des élections municipales et la nécessité de nouer des alliances avec les partis de la gauche de la gauche, le communiste Ian Brossat et l’insoumise Danièle Simonnet, mais aussi les Verts de Yannick Jadot, par principe hostiles à tout projet économique qui crée de la richesse (et donc des emplois) et facilite la vie des populations, n’est-elle pas étrangère à ce revirement des deux élus parisiens, agissant sans doute en service commandé par la maire de Paris. Essayer de conserver ses places, ses mandats électifs et les indemnités qui vont avec, plutôt que de travailler au service des Parisiennes et des Parisiens, une habitude qui sert décidément de méthode de travail à cette équipe municipale…

Et pourtant… Qui peut dire que la gare du Nord, la plus grande gare d’Europe en nombre de passagers, traite convenablement ses visiteurs et ses riverains ? Qui peut accepter que le voyageur en provenance de Londres, de Bruxelles ou d’Amsterdam, lorsqu’il arrive dans une gare devenue trop petite, saturée de kiosques en tout genre, arrivant sur un parvis, lieu de mendicité, de prostitution et de trafics en tout genre, se sent le bienvenu dans notre ville ? Comment accepter encore les nuisances engendrées pour les riverains par la présence d’un lieu d’échange indispensable mais aujourd’hui entièrement à repenser, tant dans son utilisation que dans ses accès extérieurs et sa sécurité ?

Décidément, le socialisme à la française est devenu le temple du conservatisme. Les deux élus proposent de renoncer à une ambition et de procéder à un aménagement. Echanger la gare du 21e siècle contre la gare du 19e siècle repeinte, en somme... Et tout cela, pour une probable alliance avec des théoriciens de la décroissance et du collectivisme. Un plat de lentilles…

Eh bien non. Paris a besoin de cette porte d’entrée depuis l’international, nos régions et nos périphéries. Et ce quartier du 10e arrondissement a besoin d’un geste architectural fort – d’autant plus fort qu’il préserve notre patrimoine commun – qui rendra fier les riverains, sera un lieu de vie tout autant que de travail et pourvoira de nombreux emplois locaux.

Le manque de souffle de cette majorité sortante, au pouvoir depuis 18 ans, bientôt 19, a conduit notre belle capitale à l’état actuel de capitale la plus sale d’Europe selon la presse internationale, de capitale dans laquelle des territoires entiers sont abandonnés (notamment dans le nord – haut du 10e et 18e), dans laquelle même les agents municipaux refusent certaines missions devenues impossibles à exercer tant les incivilités, voire les violences, sont nombreuses. Nous ne nous résoudrons pas à passer à la moulinette des petits arrangements électoraux et du manque d’ambition un projet dont nous avons besoin, qui peut - et doit peut-être - encore être amendé, mais doit être préservé dans cet élan qu’il propose pour le quartier et pour notre ville.


Rémi Chauvet, référent LaREM Paris 10