"Il y a encore dans notre pays le respect de la personne individuelle, des droits de la défense et de la possibilité de répondre. Sinon cela devient la République de la délation." | Emmanuel Macron, le 15 juillet 2019

Ce mardi 23 juillet, le secrétariat général du Gouvernement, sous l’autorité de Marc Guillaume, haut fonctionnaire nommé à ce poste le 2 avril 2015 (après avoir été, de 2007 à 2015, secrétaire général du Conseil Constitutionnel sous la présidence de Jean-Louis Debré ; en 2015, François Hollande est alors président de la République), rend officiellement son rapport sur les travaux réalisés dans l’hôtel de Roquelaure, construit en 1724, siège du ministère de la transition écologique et solidaire. Selon cet organe administratif, les travaux menés à hauteur de 63 000 euros dans les appartements de fonction mis alors à la disposition de François de Rugy étaient tous justifiés par la nécessité d’entretien de ce bâtiment qui appartient à notre patrimoine historique tout autant qu’à notre République. Nulle trace de travaux inappropriés ou luxueux. Le dressing n’était en fait que des placards adaptés à un vieil appartement classé… Au mieux, le choix des fournisseurs aurait-il pu être judicieux. Notons tout de même que de nombreux achats pour cette rénovation ont été faits chez Ikea, La Redoute, Conforama.

Ce même mardi, le secrétaire général de l’Assemblée nationale Michel Moreau – à ce poste depuis le 5 mars 2016, alors que le socialiste Claude Bartolone présidait la Chambre basse –, entré comme administrateur de l’Assemblée nationale en avril 1981, devenu directeur général des services législatifs en mai 2013 (Claude Bartolone est déjà président de l’Assemblée nationale), conclut après enquête, à propos des dîners reprochés à François de Rugy lorsqu’il était à l’hôtel de Lassay, que neuf des douze dîners relevés par Médiapart et organisés au total pour soixante-six convives étaient des dîners de travail. Rappelons qu’aucun des convives, tous interrogés, n’a jamais rapporté que ces dîners étaient fastueux ; la photo des homards étant de source inconnue (provenant d’une banque d’images ?). Trois de ces dîners ont un caractère litigieux. Ni illégal, ni immoral, simplement sujet à interrogation puisque certains mets servis ne devraient pas être servis pour des dîners privés, autorisés par ailleurs dans le logement de fonction mis depuis toujours à la disposition des présidents de l’Assemblée : un dîner de Saint-Valentin (dont on sait qu’il a été organisé par le personnel de l’Assemblée nationale sur sa propre initiative et par gentillesse), un dîner de Noël et un troisième dîner amical. Le surcoût de ces trois dîners a été estimé à 2 000 euros. François de Rugy – qui avait demandé lui-même ces enquêtes – avait indiqué qu’il rembourserait ce montant dès les conclusions connues. Ne doutons pas que cela sera chose faite dans les tout prochains jours.

Ajoutons à cela qu’il n’a jamais existé de sèche-cheveux doré à l’or fin, que le bail de location au nom de François de Rugy pour son logement privé, dans la banlieue de Nantes, à Orvault, est tout à fait légal et que les cotisations à Europe Ecologie-Les Verts, réglées initialement sur la fameuse Indemnité représentative de frais de mandat (IRFM), ont été remboursées par le député de Loire-Atlantique, bien avant les élections de 2017, avant même qu’il ne devienne président de l’Assemblée nationale puis ministre d’Etat.

Alors quoi… Que devons-nous tirer de cette affaire qui a désigné à la vindicte publique un homme, qui n’aura finalement ni enfreint la loi, ni visiblement même l’éthique ou la morale dues impérativement dans ses hautes fonctions ? Notons au passage que François de Rugy a fait partie, en avril 2013, avant même la création de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique, de la quinzaine de parlementaires qui avaient décidé de rendre public leur patrimoine...

La machine médiatique, relayée par les réseaux sociaux dont on aurait pu espérer à leur création qu’ils apportent surtout à ce monde plus de communication et de transparence mais qui, tout compte fait, entraînent avec eux beaucoup – beaucoup trop – de haine et de violences, a cherché à détruire un homme, tout simplement pour le plaisir d'abîmer, la volonté de blesser, l’amour du chaos et une prétendue infaillibilité journalistique qui se devrait d’informer quitte à prendre des largesses avec la vérité. La classe politique d’opposition, faisant fi de la présomption d’innocence et de sa propre expérience, a suivi, sans faire preuve de discernement, sans prendre de recul. Tout est bon pour faire du buzz et détruire, quitte à faire du mal à la classe politique dans son ensemble et à blesser la démocratie française.

Le gibier désigné, la meute part, s’emballe, trouve sa force dans de nouvelles prétendues révélations, auto-alimente sa haine qui est surtout celle à l’égard des autres, parce qu’ils sont autrement, ont réussi différemment, mieux parfois. Pour ne pas rester de côté, des médias plus modérés relaient les âneries, inventent des sèche-cheveux en or. Dans le cas présent, même le neveu du défunt Pierre Bérégovoy, interrogé, se mêla à la foule haineuse en déniant à François de Rugy le droit de rappeler les mots de François Mitterrand lors des obsèques de son oncle… L’hallali était sonné, François de Rugy, à bout de souffle, sans doute fortement meurtri par un épisode qui ne peut que blesser profondément, démissionne le 16 juillet 2019. Dans certaines rédactions, le champagne était sablé…

Tout cette séquence ne fut pas glorieuse. La Rome antique savait qu’il fallait des jeux du cirque pour plaire au peuple. François de Rugy a été jeté aux lions délibérément, gratuitement, sans même que le début d’un travail d’investigation, d’une confrontation et encore moins d’une enquête de la justice n’aient été menés.

Qui rendra aujourd’hui son honneur à François de Rugy ?

Une circulaire du 24 mai 2017, signée par Edouard Philippe, Premier ministre, rappelle le bon usage des deniers publics. Si la justice devait être saisie de la non-affaire François de Rugy, il y a gros à parier qu’elle conclurait que l’ancien ministre d’Etat ne s’est affranchi ni de la loi, ni de cette circulaire. Néanmoins – et tout en rappelant que le président de la République lui-même, tel le Général de Gaulle, ainsi que son Premier ministre veillent scrupuleusement à rembourser les dépenses personnelles de leur famille, y compris la taxe d’habitation de leur logement de fonction – Edouard Philippe a rédigé une nouvelle circulaire sur le sujet, un peu pour clarifier plus encore certains aspects de la vie dans les lieux de la République, un peu – sans doute – pour communiquer auprès des Français.

Faisons tout de même attention au type de République que nous voulons. La gastronomie et l'élégance font partie, au sommet de l’Etat comme dans les entreprises, de l’art de vivre à la française. Et comme on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre, on ne peut exiger de nos gouvernants qu’ils reçoivent chefs d’Etat, chefs de gouvernement, ministres, diplomates, chefs d’entreprise… dans leur cuisine autour d’un plat de coquillettes. Certains s’écrieront "Pourquoi pas ?". Ce ne serait que pure démagogie. Et la démagogie, c’est le chemin qui mène au populisme. Prenons-y garde…


Rémi Chauvet, référent LaREM Paris 10