Progressisme : « Tendance au progrès » dit Le Petit Larousse. Le Petit Robert ajoute qu’est progressiste « celui qui tend à la modification de la société vers un idéal par des réformes ou… des moyens violents ». Il précise aussi « qu’il vise à une profonde transformation des structures politiques et sociales pour permettre une amélioration des conditions de vie et une plus grande justice sociale. » Autrement dit un concept assez large qu’il convient de nourrir avant de l’utiliser. Pour l’avenir de notre mouvement et de notre offre politique, quelques philosophes, scientifiques et responsables politiques européens ont, devant près de 1000 personnes, réfléchi à haute voix autour de cette notion lors d’une journée co-organisée le 20 octobre 2018 par la Fondation pour l’innovation politique et la Fondation Jean Jaurès. Aux termes des différents intervenants le progressisme se fonde sur cinq valeurs. La première est la dignité. Pour Claire Hédon, présidente de l’ONG ATD Quart Monde, « Aucun progrès n’est possible si on laisse des personnes de côté… Il n’y a pas de dignité sans accès aux droits fondamentaux : logement, travail, éducation. » Il faut donc que les politiques « évaluent les dispositifs en fonction des 20 % les plus pauvres ». Une fois la dignité acquise, il est important de maîtriser et piloter sa vie afin de choisir son destin. s’émanciper tel est le leitmotiv de Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale et de la jeunesse qui pense que cela passe par l’éducation « il faut donner dès le plus jeune âge, les atouts qui vont permettre aux enfants de progresser et de devenir autonome» L’engagement, c’est-à-dire la volonté d’agir est nécessaire pour faire progresser les choses. « C’est le meilleur antidote contre l’endormissement collectif. » Monique Canto-Sperber, philosophe, insiste sur « la nécessité d’évaluer les valeurs sur lesquelles on s’engage ». On touche là au problème du progressisme dont « les valeurs ne sont pas forcément compatibles, comme liberté/égalité, sélection ou pas sélection… » Les citoyens engagés se « sentent responsables de la politique telle qu’elle est et en cas de désaccord, sont prêts à la changer ». Il ne peut y avoir de progressisme sans une ouverture d’esprit qui selon Dominique Schnapper, sociologue permet d’appréhender les défis d’aujourd’hui comme des opportunités à saisir plutôt que comme des menaces. Elle nous invite à « critiquer l’ouverture, mais également à l’apprécier, et à la défendre ». Cinquième pilier la responsabilité. Cette notion est particulièrement sensible pour le climatologue Hervé Le Treut face au réchauffement climatique. Avec la mondialisation les risques les plus grands ne sont pas chez nous mais nous devons «tenir les objectifs fixés » en agissant ensemble. Ces valeurs posées, comment les faire avancer au quotidien ? Nicole Notat ancienne Secrétaire générale de la CFDT prône l’écoute et le dialogue pour arriver aux compromis nécessaires à la réussite des réformes. Charlotte de Vilmorin, entrepreneure, estime qu’il est essentiel d’agir à son échelle. Le progressisme ne passe pas uniquement par l’action de l’État, mais aussi par l’action des citoyens, des associations et des mouvements politiques. Cédric Villani, député et mathématicien, souligne l’importance de l’expérimentation. Il faut oser généraliser ce qui marche et revoir ce qui ne fonctionne pas. Enfin, Nick Clegg, ancien Vice-Premier ministre du Royaume-Uni, a mis l’accent sur l’impératif de tenir un discours de vérité. Les progressistes doivent accepter l’idée qu’à défis complexes, il ne peut y avoir de solutions faciles. Philippe Grangeon, Délégué général par intérim conclut cette conférence en soulignant qu’elle « n’est que le début d’un travail de longue haleine qui se prolongera. Nous nous y engageons. Dans les prochains mois une publication formalisera cette colonne vertébrale esquissée ici aujourd’hui. ». Cette publication viendra concrétiser les réflexions entendues lors de cette journée de réflexion ainsi que les retours des quelques 10 000 adhérents qui ont répondu à la consultation sur le progressisme lancée il y a quelques semaines.