On parle beaucoup des clivages en Europe, et notamment celui d’Est - Ouest. On croit que l’adhésion massive des pays d’Europe centrale et orientale, en 2004 et 2007, a provoqué le ralentissement et même le rejet du projet européen. C’est bien sûr simpliste. C’est oublier de prendre en compte les conséquences des grandes crises financières qui ont secoué le monde à partir de 2008, oublier les effets secondaires de la mondialisation et de la révolution digitale, oublier la crise de la démocratie libérale et fermer les yeux sur les actions des gouvernements de l’Ouest européens. C’est également l’oubli de l’histoire et la connaissance insuffisante de cette partie de l’Europe.
Souvenons-nous que le plan Marshall, qui a largement contribué au redressement de l’Europe, était initialement prévu pour tous les pays européens, y compris ceux de l’Est, mais les grandes « puissances victorieuses » en ont décidé autrement : les pays de l’Est européen se sont retrouvés entièrement dépendants de l’URSS et coupés du monde, comme tous les Russes. Aujourd’hui encore, le ressentiment amer et le souvenir d’abandon par les puissances occidentales sont présents dans ces pays...
Progressivement, à l’Est, les décennies communistes ont forgé des mentalités, des comportements et des réflexes dont les Européens de l’Ouest ont une connaissance et une compréhension très limitées. En un mot, le poids de nos passés respectifs et des mentalités sont sous-estimés, mal analysés et mal pris en compte dans la construction européenne. Souvent on se demande : « Pourquoi a-t-on élargi si vite aux pays de l’Est ? ». La question semble « a-historique » - ces pays pleinement européens. Avec un patrimoine qu’on partage, ils se sont émancipés du joug communiste et un vent de liberté a soufflé avec la chute du mur de Berlin. Tout le monde était content que le totalitarisme explose. La décision de les accueillir au sein de l’Union européenne était de bon sens : gage de sécurisation de cette zone de l’Europe, sans parler de l’extension de zone d’influence géopolitique et économique de l’Europe de l’Ouest. Si on n’avait pas accueilli ces pays, on aurait pu se retrouver avec beaucoup plus de conflits du type Kosovo et bien plus d’immigration.
Alors, que faire aujourd’hui de ces pays à l’Est qui nous paraissent être à la traine ou même « dévier » ?
L’Europe à « géométrie variable » est une expression qui crée des frustrations. L’Europe pour moi est « une grappe de raisin », avec des fruits de taille différente, de maturité différente, mais solidement liés et nourris par les mêmes racines : notre patrimoine commun et nos valeurs communes qu’il faudra défendre et promouvoir. Il est difficile d’assurer une croissance égale à 27 sur tous les points et cela semble tout à fait naturel. Il faut adapter nos institutions européennes et passer de l’unanimité à la majorité qualifiée. Il faut tendre vers une convergence sociale et fiscale pour réduire les tensions internes et créer une dynamique commune. Il faut « brancher » la culture et l’éducation partout. Il nous faut aussi des députés européens connus et reconnus dans toutes l’Europe. Même dans une grappe de raisin, avec des fruits de taille différente, tous les grains restent « gouteux » ! Il me paraît crucial de rapprocher l’Est et l’Ouest autour des projets rappelant nos valeurs communes : état de droit, démocratie, égalité homme-femme, respect des droits humains… Mais aussi autour des enjeux principaux de l’époque : identité et souveraineté, effets secondaires de la révolution digitale, climat et transition énergétique, gestion des flux migratoires, mondialisation… Il faut rappeler enfin que la souveraineté de l’UE protège et protégera la souveraineté de ses états membres. Sans la souveraineté de l’Union européenne, il risque de ne plus y avoir de souverainetés nationales au sein de l’Europe, ni à l’Est ni à l’Ouest ! 26 mai 2019 – Pour une Europe qui nous rassemble, nous protège et nous renforce !

Svetlana Danileiko-Guiraudios - Coordinatrice Europe LaREM Paris 7