Quand je me suis installée en Europe il y a plus de 20 ans, à l’âge de 20 ans, j’ai été profondément marquée par quelques éléments de l’organisation sociale. C’était la raison, la confiance, le respect et la responsabilité. Dans l’esprit ambiant, entre tous les acteurs…
Pour avoir connu d’autres formes d’organisation et de désorganisation sociale, je peux vous assurer que ce ne sont pas de vains mots. C’était quelque chose d’ineffable que je ressentais au plus profond de moi. J’ai mis quelques années avant de trouver les termes justes pour caractériser ce que je ressentais. Je reste aujourd’hui convaincue que ce sont les éléments indispensables au bon fonctionnement d’une démocratie.
Force est de constater depuis quelque temps que les composantes essentielles de la démocratie sont de plus en plus mal en point. Mal défendues par différents acteurs de la société, y compris les institutions, les médias, les élites intellectuelles et tout simplement celles et ceux qui aspirent à vivre dans une démocratie, la « majorité silencieuse » de l’Europe. Pourquoi ? Mal comprises ? Mal définies ? Mal analysées ? Dernier exemple en date : la crise des gilets jaunes et sa gestion.
Oui, la démocratie libérale se trouve actuellement aussi en phase de « transition » et d’adaptation, suite aux récents bouleversements technologiques et géopolitiques. Elle est aussi à ré-inventer et à ré-enchanter. Mais si on envisage une alternative à la démocratie aujourd’hui, on ne voit que le totalitarisme communiste, les populismes rouge-brun (le « confusionnisme » comme l’a bien décrit Simon Blin dans son article du 16 janvier 2019) ou encore la ploutocratie oligarchique. A nous de choisir.
Evidemment, la raison, la confiance, le respect et la responsabilité, ces ingrédients démocratiques sont le fruit d’une organisation spécifique, mais aussi du soin qu’on prend de ses valeurs.
Or, aujourd’hui, il faut tirer la sonnette d’alarme, car la défense et la promotion de ses valeurs n’est pas suffisante. Car le discours ambiant est envahi par des « affects », l’émotion l’emporte sur la raison : « haine », « colère », « peur », « mépris », « honte », « fierté », « désespoir », des impressions, des ressentis … Qui va enfin nous ramener à la raison ?! A cette époque de transformation profonde de nos sociétés, à l’échelle de l’Europe, toutes les forces vives doivent appeler à garder, à préserver, à renforcer la raison, la confiance, le respect et la responsabilité. C’est ainsi qu’on protégera la démocratie, son essence même, indifféremment des paramètres variables : situation économique, révolution digitale, écologie, gestion de l’immigration et d’autres défis à relever. Car l’Europe, malgré ses difficultés, incarne encore un modèle démocratique. Toutes les forces vives doivent être investies d’une mission vis-à-vis de la société : faire traverser cette période de transition et de transformation dans un climat de confiance. Les institutions, les associations, les élites intellectuelles et culturelles, les médias et les réseaux ont une responsabilité énorme. Adaptation de discours ? Fluidité et fiabilité des informations ? Promotion des valeurs démocratiques ? Education et culture ? Responsabilité sociale des médias comme toute autre entreprise ? Implication des élites ? A chacun de réfléchir aux méthodes. Aujourd’hui, plus que jamais, défendre le projet européen, c’est défendre la démocratie.

26 mai 2019 – I want my Europe back! Svetlana Danileiko-Guiraudios - Coordinatrice Europe LaREM Paris 7