Pendant la Grande Marche pour l’Europe, consultations citoyennes organisées par le mouvement En Marche au printemps dernier sur les enjeux de l’Europe, en faisant du porte à porte, j’ai interrogé un vieil homme de 92 ans, alité, entubé, qui a tenu à me répondre. A ma première question : « C’est quoi l’Europe pour vous ? », il s’est métamorphosé, en se redressant d’un coup, les bras tendus vers moi : « Mais c’est nous, c’est nous, l’Europe ! J’ai vu le siècle passé ! Regardez le monde autour ! Un tiers du monde sombre dans le moyen âge, le populisme ressurgit partout, la concurrence entre les Etats-Unis et la Chine est sans merci : aucun pays de l’Europe, seul, ne résistera à cela ! Faites tout ce que vous pouvez pour renfoncer l’Europe ! » Comment ne pas être sensible à ce message ? On ne peut pas se défausser quand il est encore temps d’agir.
En effet, il est grand temps de comprendre que les équilibres internationaux ont changé, que les alliances du siècle passé ne tiennent plus et qu’un jeu sans règles s’est installé sur le plan international et cela n’augure rien de bon pour les pays européens, pris chacun séparément. Que peut-on en penser ? A quoi s’attendre ? Le monde entier le répète : « les Européens ne savent pas ce qu’ils veulent ». Et pendant ce temps, les autres puissances mondiales avancent à grand pas par « blocs civilisationnels ».
Il est temps de prendre conscience qu’une Europe désunie, déchirée par les querelles intestines, dès demain, sera livrée à toutes sortes de manipulations, sera économiquement affaiblie et sans défense, en somme, elle ne s’appartiendra plus. Il sera trop tard pour faire appel aux valeurs éphémères de la démocratie, trop tard pour chérir l’idéal de justice sociale. En peu te temps, toutes ces valeurs « européennes » mal défendues partiront en fumée…
Souvent, les personnes ayant vécu à l’étranger ou dans différents systèmes politiques, se rendent mieux compte des « valeurs de l’Europe », réalisent mieux la portée du projet européen, et sont souvent stupéfaits par le manque de discernement et de vision de certains politiques « fossoyeurs de l’Europe ». Les ambitions personnelles de certains leaders politiques entrainent des populations entières vers les abîmes…
On peut se plaindre autant qu’on veut, l’Europe et l’Union européenne restent pour les gens du monde entier un symbole de liberté, de paix, du respect de la vie et de la dignité humaines. Mais aussi le symbole de l’esprit et de la raison. Cette raison qu’il faut savoir garder.
Le projet européen a apporté à ses populations la paix, la stabilité, la sécurité, la liberté, un développement économique sans précédent, la garantie du respect de la vie et de la dignité humaine, un niveau de solidarité et de la protection sociale inégalé au monde… Les Européens ont pris l’habitude de voyager librement, de faire leurs études, de travailler, de passer leurs vacances, de se marier et de faire des enfants avec leurs différents voisins européens… N’est-ce rien… ? N’est-ce pas à défendre… ?
Les européens sont tiraillés et manipulés de toute part, de nouvelles puissances mondiales leur imposent une vision du monde rétrograde. Si un groupe de personnes volontaires et résolues au niveau européen, ne se saisit pas rapidement de la remise en marche du projet européen, un projet politiquement fort, il faudra nous préparer à vivre en vassaux et à réviser les valeurs américaines, russes ou chinoises, car elles seront bientôt les nôtres…
73% des jeunes de 18-35 ans n’ont pas voté aux dernières élections européennes : ils ne connaissent pas le prix de la liberté…

26 mai 2019 – I want my Europe back! Svetlana Danileiko-Guiraudios - Coordinatrice Europe LaREM Paris 7