#11. L'Europe et la souveraineté

A l’occasion des prochaines élections européennes, les formations politiques n’ont de cesse de brandir le terme de « souveraineté ». On peut remarquer que chacun utilise ce concept « caméléon » - ou plutôt évolutif - en fonction de ses objectifs. Le terme reste vague, mais il réveille automatiquement un sentiment confus, mais profond, de fierté, celle des gloires passées, mais aussi une vague impression de menace.
La souveraineté est un mot dérivé de « souverain », du latin médiéval superus, de super, « dessus », apparu en fin du XII siècle, qui désigne la supériorité du pouvoir sur une zone géographique ou sur un groupe de peuples. Le concept de souverain (et de suzerain) émerge au Moyen Âge pour définir la dignité de roi et ses pouvoirs étendus sur les sujets. Le terme évolue et prend un sens plus actuel, lié à l’état, à l’époque de la Renaissance.
La souveraineté du peuple, de la nation, est aussi au cœur des « démocraties populaires » communistes (vs « démocraties libérales » des pays occidentaux) en Russie et dans un nombre d’autres pays au XX siècle ; elle a rapidement évolué vers la « dictature du prolétariat » qui a donné les résultats que l’on connait.
Le terme continuera à évoluer… Il a déjà été utilisé dans tous les régimes et dans diverses circonstances : pure vanité et propagande ! Préfère-t-on une France souveraine, au bord d’une crise économique et sociale, dépressive, éruptive et à court de solutions, ou une France, grand pays d’Europe, bénéficiant de la mutualisation des moyens avec ses voisins, d’un marché intérieur immense, et travaillant sur des solutions d’avenir pour garantir la paix, la sécurité, l’écologie et la prospérité économique à ces citoyens ?
En 1900, la population européenne représentait 25 % de la population mondiale. Aujourd’hui, elle représente 7 %, et en 2060, ce sera 4 %. Face à ce changement de perspective, certains souhaitent agir ensemble, d’autres se protéger individuellement. « Le débat européen est entre ceux qui disent, il faut se regrouper, et ceux qui pensent qu’il vaut mieux rester chez soi. Le réalisme pousse à l’organisation de l’Europe. », vient de nous rappeler Valéry Giscard d’Estaing dans une récente interview. Nos « souverainistes » et nationalistes ont des positions impossibles à tenir face à la pression démographique mondiale.

Dans le nouveau contexte mondial, il faut surtout présenter la souveraineté de l’Europe comme son indépendance ou son autonomie stratégique face à des états continents jouant leurs propres intérêts. Les Etats-Unis, la Russie, la Chine et d’autres feront ce qu’ils peuvent pour empêcher l’autonomie stratégique, la souveraineté de l’Europe : cela devrait nous interpeller. Les piliers de cette souveraineté européenne sont la sécurité et la défense, l’industrie, l’économie, la gestion des flux migratoires, le numérique, la science, la RD et les technologies, enfin la sauvegarde de son régime démocratique. La souveraineté provoque une confusion dans les esprits, elle s’accompagne de l’idée de supériorité, individuelle et nationale, au point qu’on ne voit plus clairement nos propres intérêts. Ainsi, la récente interdiction de la fusion d’Alstom et de Siemens par la Commission doit nous indiquer le chemin du progrès. Se limiter au marché commun n’est pas porteur d’avenir ; sans une politique commune de l’industrie et de la défense, nous aurons du mal à être indépendants. Non, la souveraineté de l’Europe n’est pas incompatible avec la souveraineté de ses états membres ! En donnant plus de souveraineté à l’Europe aujourd’hui, on garantira l’indépendance de ses états membres dans les décennies à venir. Aucun pays d’Europe ne peut et ne pourra seul assurer pleinement son indépendance. L’orgueil national a souvent mené les peuples à des conflits dramatiques ou à des choix épineux comme on voit avec le Brexit aujourd’hui. Certains partis se font des champions de la « souveraineté ». Le RN est celui qui souffle le plus fort sur les braises de la « supériorité », en prétendant que la souveraineté de l’Europe équivaut à l’abandon de la souveraineté nationale. Tout bon spécialiste du droit constitutionnel vous dira qu’il n’y a pas d’abandon de souveraineté nationale au profit de l’Europe : il s’agit d’un exercice commun de certaines compétences ! Et quand il s’agira de notre survie, il faudra revoir peut-être la définition « officielle » de la souveraineté… Quant aux Républicains, ils construisent la première moitié de leur programme européen sur les peurs ambiantes, laissant même une place centrale aux terroristes islamistes : quel honneur ! Dans la deuxième partie, ils annoncent cependant une série de mesures allant dans le sens de la souveraineté de l’Europe, sans la NOMMER, sans l’ASSUMER. On ne peut pas se permettre d’utiliser le terme « souveraineté de l’Europe », quand on vise aussi l’électorat de l’extrême droite !
Les concepts évoluent, les concepts sont malléables… J’espère qu’il n’est pas trop tard pour les Français et d’autres peuples européens de comprendre qu’ils n’ont qu’une voie de salut pour le XXI siècle : la souveraineté de l’Europe. 4% face au reste du monde, pensons-y ! 26 mai 2019 – Pour une Europe souveraine qui protège l’indépendance de tous ses membres !

Svetlana Danileiko-Guiraudios, Coordinatrice Europe LaREM Paris 7