J’ai toujours admiré l’avant-gardisme de la France. Elle détient ce flambeau depuis des siècles. Aujourd’hui encore, le mouvement des Gilets jaunes et les vagues de réactions et de réflexions qu’il a provoquées – et qu’il n’a pas fini de provoquer – dans toute la société l’illustrent.

Ce qui me sensibilise le plus, ce sont les revendications légitimes de certains gilets jaunes qui aspirent à une meilleure justice sociale, à une meilleure répartition des richesses et une représentation réelle des « sans pouvoirs » et qui contestent l’évasion fiscale, l’irresponsabilité de la finance pour la finance, la perte de sens, d’idéaux et de liens sociaux. Ce qui m’interpelle le plus, c’est que ce mouvement ne s’insère pas davantage dans le contexte mondial, international à quelque mois seulement des élections européennes qui se dérouleront dans tous les pays d’Europe en mai 2019.

Nous devons analyser toutes ces évolutions à l’échelle internationale, car nous faisons partie du monde. En rejetant la politique en bloc, les Gilets jaunes aspirent à « plus de politique », comme le dit justement Serge Raffy.

Car il suffit de regarder autour en voyageant, en discutant avec les gens d’autres pays, de lire des livres et des analyses qui en vaillent la peine, pour réaliser que ce phénomène est planétaire ! Même s’il est moins visible en Inde, en Russie ou dans des pays où la culture démocratique est moins développée. Mais partout, du Kamchatka aux Amériques en passant par la France, l’Italie, la Pologne et la Hongrie, les fractures, les revendications, ouvertes ou larvées, et les peurs sont les mêmes. On peut dire qu’on n’a jamais été si proches et si semblables qu’en en ce moment sur notre planète Terre : les mêmes interrogations, les mêmes aspirations et les mêmes peurs. Une partie de la population, plutôt celle vivant dans les villes, est en phase avec son époque et bien insérée dans le nouvel ordre mondial : économie et marché du travail mondialisés, multiculturalisme et multilinguisme, mobilité fluide…. Pour celle-ci, le champ des possibles reste large. Mais une autre partie de la population, plutôt rurale et périurbaine, parfois moins bien formée et moins bien insérée dans les circuits économiques mondialisés, a une vision plus pessimiste de l’avenir. Pour celle-ci, le champ des possibles reste étroit. Elle étouffe. Elle explose. Et on cherche le coupable et la victime expiatoire. Et alors, quand « le vieux monde se meurt, et le nouveau est lent à apparaître, c’est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres… » (Antonio Gramsci)

Les problèmes posés par les Gilets jaunes sont planétaires. Une bonne partie des remèdes à ceux-ci viendront des solutions trouvées à l’international et non de solutions nationales. D’accord, cela sera peut-être compliqué de s’entendre au niveau du monde entier et dès demain, mais au niveau de l’Europe, nous pouvons et nous devons le faire ! Car nous sommes tous concernés en Europe !

Les revendications des Gilets jaunes (et je m’adresse évidemment à la partie non extrémiste et non radicale de ce mouvement) peuvent nous faire avancer tous ensemble et nous aider à repenser la démocratie, à affirmer encore plus fort nos idéaux de justice sociale et de libertés dans l’Europe et dans le monde, à repenser les effets secondaires de la révolution digitale, à réfléchir au sens que nous voulons donner à notre projet social collectif en France et en Europe, à repenser l’intérêt général, à recréer des liens sociaux véritables qui s’effritent depuis plus de 15 ans… Enfin, cela nous permettra d’imaginer ensemble une France et une Europe dans laquelle on aimerait voir grandir nos enfants et nos petits-enfants, l’Europe de 2050.

Comment ne pas rappeler aujourd’hui, pendant ce Grand Débat National, à quelques mois des élections européennes, à tous les Français, le contexte international actuel et l’importance d’une Europe unie et forte pour garantir notre avenir, notre paix et notre prospérité, nos valeurs et nos aspirations communes d’égalité, de liberté et de fraternité. Le 26 mai 2019, votons pour notre avenir, pour nos enfants européens, pour l’Europe qui retrouve toute sa place dans le monde !

Svetlana Danileiko-Guiraudios - Coordinatrice Europe LaREM Paris 7