« Je condamne les violences mais… » «… mais c’est la faute de Macron, c’est la faute de Griveaux, c’est la faute du Gouvernement, c’est la faute de la majorité. »

C’est de la faute de Macron si des Gilets jaunes affirment jusque sur les plateaux télé qu’il ne peut pas gouverner le pays parce qu’il n’a pas la virilité suffisante, parce qu’il n’a pas d’enfant, parce qu’il a épousé une « vieille » ? C’est de sa faute s’il se fait traiter de « pute à juifs » ? C’est de la faute du Président si on pend, brûle, décapite son effigie ? C’est de la faute de Benjamin Griveaux si des Gilets jaunes viennent défoncer la porte de son ministère, et effrayer les agents présents ?

C’est de la faute des députés si on vandalise leurs permanences, si on les insulte, les menace de mort, si on brûle leur voiture et mure l’entrée de leur maison ? J’imagine que c’est aussi de ma faute, si je me fais traiter de youpine, sale juive, nez crochu ? Comme ce doit être celle de ma collègue Laetitia Avia qu’on qualifie élégamment de « grosse truie noire », ou de Jean-François Mbaye, « noir de service », de Hervé Berville « malheureusement échappé aux machettes du Rwanda » ?

C’est de la faute de Marlène Schiappa et des députées de la majorité si elles sont traitées, par des dizaines, des centaines, des milliers de messages et commentaires, de « salope », de « pute » et encouragées à « aller sucer Macron » ?

Et c’est de la faute des policiers s’ils se font violemment agresser ? C’est de la faute des commerçants s’ils se font piller ? C’est de la faute de l’Arc de Triomphe s’il se fait détruire ?

Ce renversement de la culpabilité est proprement insupportable pour les victimes. Surtout, il en dit long sur l’état de délabrement de notre citoyenneté et de notre attachement à la République.

Qu’il y ait un désamour entre les Français et leurs représentants, la cause est entendue. C’est précisément sur ce constat, qu’Emmanuel Macron a créé en Marche et accédé au pouvoir. Ceux qui ont été élus dans son sillage, n’ont de cesse que de chercher à réparer ce lien quand il est abîmé, à le retisser quand il est rompu. Avec plus ou moins de réussite, c’est évident, mais il ne faut pas se tromper : nous sommes à la croisée des chemins, et les Français doivent clairement dire s’ils veulent encore de la République et de sa démocratie représentative, ou si nous sombrons dans un régime autoritaire. C’est ce qui fait la beauté et l’exigence de la République : elle s’accommode mal des « oui mais » quand il s’agit de la dignité de la personne humaine et de son respect. Elle supporte mal l’ambiguïté quand la légitimité des élections est remise en cause. Elle ne peut faire aucune concession quand la violence est tolérée, voire encouragée par des « cagnottes ».

Alors oui, la promesse républicaine est tellement élevée, tellement grande, qu’il est facile d’en pointer les manquements. Mais il est urgent que chacun s’interroge sur la société dans laquelle il souhaite vivre. Une société dans laquelle on violente les femmes, les juifs, les noirs, les « pédés », les élus et les journalistes ? Et qui d’autre ensuite ? Ou est-ce que l’on se dit que la République, malgré ses failles, mérite qu’on la défende de toute notre énergie ? Que les élus sont forcément décevants, mais qu’on a au moins la possibilité d’en changer. Que des injustices persistent, mais que la solidarité existe, que l’école est gratuite et les soins les moins chers au monde. Que la liberté d’expression est garantie, que nos droits individuels et collectifs sont réels et n’ont jamais été aussi grands.

Bref, vu la détérioration du climat dans notre pays, c’est maintenant qu’il faut répondre, et pas avec des « mais ».

Élise FAJGELES, députée de la 5ème circonscription de Paris