Depuis plusieurs semaines enfle une polémique autour de la commande publique d’œuvres contemporaines dans l’espace public parisien. Pointés du doigt, le cœur de Paris de Joanna Vasconcellos ( 18ème arrondissement ) pour 650.000 euros, les fontaines du rond points ( 8ème arrondissement ) réinterprètées par les Frères Erwan et Ronan Bouroullec pour la modeste somme de 6,3 millions d’euros, le futur bouquet de tulipes de Jeff Koons ( Petit Palais dans le 8ème) dont on nous annonce un budget de 3,5 millions d’euros.

La commande publique à de grands artistes par des villes, des capitales, est souhaitable dans une vision patrimoniale mais aussi d’attractivité. Le XXème siècle a vu naitre la notion de grands mécènes institutionnels que sont l’État, les régions et les municipalités. Les projets visés par la polémique sur le fond n’ont peut-être rien à se reprocher si ce n’est la disproportion des coûts et la localisation. Il est d’ailleurs toujours hasardeux de porter un jugement sur le choix des artistes et des œuvres tant c’est subjectif. Des processus de sélection participative ont été mis en œuvre, dont on pourrait toutefois peut-être analyser la méthodologie, l’efficacité réelle et le taux de satisfaction des habitants. Mais des partenariats public/privé fonctionnent (avec le remarquable programme des nouveaux commanditaires de la Fondation de France par exemple) et même le mécénat est dynamisé si l’on en croit les chiffres du fonds de dotation de Paris. Et c’est très heureux.

Mais alors pourquoi mettre en avant en particulier ces projets alors que d’autres promesses attendent depuis des années ? Je suis étonné voire scandalisé qu’un chef d’œuvre de la renaissance comme la fontaine des Innocents soit enlisé. En 2015, la ville avait voté un vœu pour sa rénovation. Un budget avancé de 4 millions d’euros devait faire l’objet d’une recherche de mécénat…et puis plus rien.


Fontaine-Innocents-1.jpgLa Fontaine des Innocents


Un projet de rénovation de ce type a plus de portée sur la vitalité de la vie locale que les fontaines du Rond-Point ou l’éclairage de l’Arc de Triomphe. Est-ce à dire que les architectes Jean Goujon et Pierre Lescot ont moins de valeur aux yeux de la Ville de Paris, et peut être des parisiens, que les Bouroullec, Vasconcellos et Koons ? Ces derniers d’ailleurs ont-ils reçu des engagements de préservation de leurs œuvres ? Le sujet est peut-être précisément là. La Maire de Paris dépense sans compter dans l’acquisition d’œuvres mais néglige, dans une course en avant, l’entretien du patrimoine artistique.


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Un politique culturelle équilibrée et cohérente c’est soutenir la création, notamment par l’acquisition d’œuvres d’artistes internationaux reconnus mais aussi de jeunes artistes. C’est permettre à la création de s’épanouir. C’est investir l’espace public avec une vision cohérente et audacieuse mais c’est aussi protéger, conserver et rénover. En somme valoriser le patrimoine d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Et là le bât blesse. Rien que sur le patrimoine cultuel il faudrait investir plus d’un milliard d’euros et pour réponse la ville lance un plan d’urgence l’an dernier de 80 millions d’euros d’ici 2020, loupant d’ailleurs un des engagements de la mandature. Misère misère...

Olivier PONSOYE Référent LaREM Paris Centre