Le 9 mai 2018 la ministre du travail Muriel Pénicaud rappelait que depuis « 45 ans la loi pour l’égalité professionnelle existe et elle n’est toujours pas réelle. Ça suffit ! »

Le Parlement Européen a rappelé hier au travers de la conférence du comité des droits de la femme, que le dispositif légal est en place et qu’il faut l’appliquer.

A l’occasion du 8 mars, journée internationale des droits de la femme, j’ai voulu partager avec vous où nous étions, le chemin parcouru et celui qui reste encore à parcourir.

Au rythme actuel, le fossé d'inégalités hommes/femmes, aura complètement disparu dans le monde dans seulement 217 ans contre 170 ans en 2016 à cause du recul de la situation féminine dans de grands pays comme les Etats-Unis, la Chine et l’Inde. Hier dans une déclaration au Parlement Européen, il a été dit que sans les quotas il faudrait 107 ans pour installer de façon naturelle l’égalité au sein de l’Union.

Le concept de plafond de verre, né dans les années 1970 et popularisé dans les années 1990 est très présent, associé au syndrome de l’imposteur, ce sentiment d’illégitimité et d’incompétence que les femmes elles-mêmes nourrissent. Il en résulte des barrières psychologiques, des croyances limitantes, héritées de l’éducation et qu’il faut faire exploser. Pour les femmes, accéder au pouvoir suppose des efforts...

Et pourtant les enjeux sont clairs : selon une étude de Deloitte baptisée « The Gender Dividend » les entreprises qui font place à la mixité dans leurs conseils d’administration génèrent 36% de revenus en plus. Selon l’OCDE l’enjeu économique de l’inclusion des femmes représente 12.000 milliards de dollars d’ici à 2030. Il y a un réel bénéfice à en attendre, bénéfice économique mais aussi équilibre sociétal qui doit contribuer à une société qui aspire au bonheur.

Grâce à la loi Coppé-Zimmerman, depuis 2013, la proportion de femmes dans les conseils d'administration est passée de 26% à 43%. Mais il y a seulement 2 femmes sur les 57 présidents directeurs généraux et présidents de conseils d’administration, soit 3,5 %, qui dirigent aujourd’hui les géants du CAC 40, comme par exemple Isabelle Kocher (Engie) et Sophie Bellon (Sodexo). Et aucune femme n’occupe la « fonction suprême » de Présidente Directrice Générale au sein d’une entreprise du CAC 40. Les Comités Exécutifs des 120 plus grosses entreprises françaises ne comptent que 15% de femmes. Pire, plus d’une entreprise sur cinq, ne présente aucune femme dans son Comex. Seulement, 7 entreprises du SBF 120 ont une femme à leur tête, les 111 autres sont dirigées par des hommes. » soit 5,8 %.

Il y a 28% de femmes dans les filières scientifiques, 15 % dans le secteur du numérique et 27% dans les filières d’ingénieurs. C’est dire à quel point dans un monde en mutation technologique et numérique, nous sommes en retard. Marlène Schiappa a su convaincre l’ensemble de ses collègues ministres de prendre des résolutions pour le quinquennat. Je citerai par exemple le projet du ministère de l’économie de créer un réseau national de mentoring afin d’encourager l’accès des femmes aux filières scientifiques.

Il est nécessaire, au-delà des chiffres, d’instaurer un climat de confiance et d’encouragement qui permet aux femmes d’agir et d’oser.

Depuis l’arrivée aux pouvoir du gouvernement actuel, et la nomination de Marlène Schiappa comme Secrétaire d’Etat auprès du Premier Ministre chargée de l’égalité, la décision a été prise de faire de l’égalité une grande cause du quinquennat. Les choses bougent.

Depuis le 1er mars 2019, la France a la législation la plus avancée du monde en matière d’égalité salariale. Dorénavant, grâce à l’index de l’égalité, **les grandes entreprises ont l’obligation de publier les écarts de salaires hommes/femmes **et de les éliminer sous 3 ans sous peine de sanctions financières. Le principe du « Name and Shame » devrait aussi être un bon support psychologique. A l’École, dès 2019, les élèves, professeurs et cadres administratifs vont être sensibilisés et formés sur les questions d’égalité et de lutte contre les violence sexistes et sexuelles. En 2018, déjà, la France était devenue le premier pays au monde à verbaliser les comportements de harcèlement de rue. L’arsenal pénal s’est aussi renforcé contre le cyber-harcèlement, les drogues dites de viol, et une plateforme digitale est ouverte pour permettre aux victimes de violence d’échanger en ligne avec les policiers. Le tout accompagné de campagne de communication.

En 2019, le budget du gouvernement dédié à l’égalité homme/femme est le plus élevé de notre histoire avec 530 millions d’euros et la création d’un fonds de 120 millions d’euros pour aider les ONG dans leurs actions internationale pour promouvoir l’égalité des genres.

On parle même maintenant d’une diplomatie féministe. La France entend soutenir l’émancipation des femmes à travers le monde, en luttant contre les violences sexistes et sexuelles, en combattant pour l’égalité professionnelle et l’éducation des filles. Dans les 3 prochaines années, 50% de l’aide internationale au développement sera orientée vers les projets en faveur de l’égalité entre les sexes.

Les quotas renvoient toujours à de mauvais exemples. La loi et les règlements ne font pas tout. Mais c’est nécessaire pour aller vite.

L’égalité homme-femme est un enjeux majeur, au niveau sociétal et du vivre ensemble. L’éducation des enfants à l’âge où tout commence est essentielle pour poser les conditions d’une vie adulte épanouie. Au niveau économique, nous sommes plus performants, plus intelligents, quand on est un groupe mixte et divers.

Les hommes doivent apprendre à laisser une place égale aux femmes. Nous sommes un collectif et nous vivons en société. La société est un système et quand on veut faire bouger un élément du système c’est l’ensemble qui doit bouger. C’est pourquoi je suis fier en tant qu’homme de porter depuis toujours une attention particulière à promouvoir la diversité et l’égalité et à l’accueillir. Pour changer les mentalités, il faut aider la femme à oser plus, l’encourager et dire à l’homme de ne pas avoir peur de bouger ses lignes. Nous sommes plus forts ensemble. Osons !

Olivier PONSOYE, référent Paris Centre


Sources : rapport Gender Gap Annuel 2017 du World Economic Forum, article du Telégraph du 2 novembre 2017, Etude Gender Deloitte, Secrétariat d’Etat chargé de l’Egalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discrimination.