Merci de nous recevoir pour l’interview de la NL du mois de février. Est-ce que tu peux te présenter et présenter les missions que tu exerces à l’assemblée nationale ?

Dimitri Houbron, député de la 17éme circonscription du Nord. J’ai 29 ans, je suis membre de la commission des lois. Je travaille sur les questions de justice et de sécurité sur tout ce qui concerne les collectivités. C’est assez large. En tant que député de la commission des lois, j’ai décidé de me spécialiser dans quelques domaines qui sont les violences conjugales, les prisons et la condition animale.

En dehors de la Commission des Lois, quels sont les dossiers sur lesquels tu travailles ?

Hors commission des lois, il y a la réforme des retraites qui va nous occuper tout le mois de février et une partie du mois de mars, et au-delà s’il y a désaccord avec le Sénat. Sur la thématique violences conjugales, on vient de sortir de la première lecture de la proposition de loi. Il y aura un examen au Sénat et une commission mixte paritaire qui se compose de députés et de sénateurs pour trouver un accord sur le texte. Si la commission mixte ne trouve pas d’accord le texte reviendra à l’Assemblée. Sur la thématique prison, il n’y a pas de texte mais plutôt une mission de contrôle. Quand on est député, on a le droit d’aller sur les lieux de privation de liberté sans prévenir l’établissement et de regarder si les libertés fondamentales et la loi sont bien respectés. Je l’ai fait en début de mandat, je compte renouveler l’expérience pour aller vérifier si ce qui m’a été annoncé comme aménagement a bien été fait et que l’on est bien dans les clous de la réglementation nationale et internationale. Concernant la condition animale, plusieurs députés de toutes tendances travaillent sur le sujet afin que le groupe majoritaire puisse porter une proposition de loi pour la fin de l’année. Cette proposition prendrait en compte les animaux sauvages dans les cirques pour aller vers une interdiction, lutter contre le phénomène d’abandon des animaux domestiques.

Peux-tu faire une rétrospective des 2 ans et demi de mandat ?

J’appartiens à l’une des majorités les plus actives de la Vème République. Beaucoup de textes ont été votés, une bonne partie du programme d’Emmanuel Macron a été mis en place. On a respecté les engagements pris devant les français. Contrairement à l’image que certains ont des élus de la majorité, on n’est pas « godillots ». Quand on regarde les textes, le taux de modifications par voie d’amendement est le plus élevé de ces vingt dernières années. On a une large majorité avec des sensibilités différentes et on est assez libre dans l’expression de ces sensibilités. Les votes ne sont pas forcément toujours en accord avec le groupe. Particulièrement depuis la crise des gilets jaunes, nous assurons un lien entre le national et le local. On est des points d’alerte. C’est important à souligner.

Et sur le plan personnel ?

Sur le plan personnel, je suis heureux d’avoir contribué à élaboration du texte sur les violences sexuelles et sexiste, avec Marlène Schiappa, qui comprend notamment un allongement du délais de prescriptions, et des peines plus lourdes pour protéger les mineurs victimes de violences sexuelles. C’est une fierté d’avoir pu travailler avec tous les groupes en essayant d’obtenir un accord le plus large possible. Ma mission d’information sur les fouilles en détention a découlé des mouvements de grève de janvier 2018. La garde des sceaux avait pris l’engagement de relancer une étude. Il fallait trouver, dans le respect des Conventions Internationales, un point d’équilibre entre le respect de la dignité des personnes fouillées et la sécurité du personnel pénitentiaire. Cela m’a amené à aller un peu partout en France dans les établissements pour échanger avec le personnel et les détenus. Les conclusions du rapport ont été reprises dans la réforme de la justice. C’est une satisfaction d’avoir réalisé un travail jugé suffisamment utile et de qualité pour être repris dans la Loi. La dernière responsabilité dont je suis assez content, c’est mon rôle de rapporteur pour avis pour la commission des lois pour une partie du budget de la justice. Cela fait 2 ans que j’ai la chance d’être rapporteur pour avis pour ce budget. Certaines des préconisations faites il y a 2 ans trouvent un écho aujourd’hui. J’avais poussé l’idée d’une aide juridictionnelle qui puissent être donnée de manière immédiate pour les victimes de violences conjugales, sans condition de ressources, ou autres. De nombreuses femmes n’ont pas les documents nécessaires pour monter le dossier d’aide juridictionnelle, et donc j’ai émis l’idée d’une aide immédiate avec une étude à postériori de leur cas, mais une fois qu’elle serait bien représentée par un avocat. Ça n’avait pas convaincu au début et puis la proposition de loi que l’on vient de voter reprend cette idée. Même si à un instant on n’a pas réussi à convaincre, à force de persévérance on arrive à faire aboutir à des belles choses.

Et en circonscription ?

Le bilan en circonscription c’est beaucoup, beaucoup, beaucoup de terrain. C’est des permanences chaque semaine, à chaque fois dans une commune différente. C’est des actions assez fortes pour défendre mon territoire. Lors des annonces de suppression de TGV pour Douai-Paris j’ai fait une marche de 5 jours de Douai jusqu'a Paris où j’ai été pas mal suivi par les habitants de la circonscription pour alerter sur le projet de la SNCF qui été mortifère pour le territoire du Douaisis. Ce territoire appartient au bassin minier du nord pour qui l’Etat consacre des millions avec l’engagement cœur de ville et pour autant la SNCF va à l’encontre des investissements de l’Etat en réduisant son attractivité. Il y avait un fort signal à envoyer, j’ai fait ma part de mobilisation et on a obtenu le maintien d’une bonne partie des TGV qui étaient nécessaires pour ce territoire. C’est aussi mon combat pour lutter contre les violences conjugales. Au lendemain de mon élection j’ai mis en place un groupe de travail pluridisciplinaire sur ce sujet. On a obtenu l’ouverture d’un accueil de jour l’année dernière. Il n’y avait pas, sur le territoire d’accueil de jour pour les victimes. On en a obtenu un sur Douai. On a aussi travaillé pour obtenir des places d’hébergement d’urgence spécifique pour les femmes victimes de violences, et c’est en bonne voie. Et puis on a engagé des événements plus symboliques, une marche sur le modèle de ce qui se fait à Lille, 200 personnes se sont mobilisées à Douai. Plutôt content pour une première. Au-delà de ce rôle de contact avec les habitants, j’ai fait beaucoup d’immersion dans des corps de métiers différents comme avec un boulanger, avec la BAC afin de prendre conscience des réalités de terrain et de leurs difficultés. J’ai été juriste avant et j’ai l’honnêteté de dire et pas l’arrogance de penser que je ne sais tout et j’ai besoin d’avoir ce contact avec les gens. Je pense qu’une immersion c’est ce qui y a de plus efficace pour ça. Par ailleurs, j’ai pris l’engagement pendant la campagne de reverser 10% de mon indemnité d’élu à une association présente sur le territoire, qui soit différente chaque mois. C’est ce que je fais depuis le début, ça permet de mettre la lumière sur une association et sur une action spécifique. C’est un moindre effort que l’on peut faire au regard de la situation actuelle qui est un peu compliquée pour tout le monde.

Tu portes de l’intérêt aux domaines de la justice et la sécurité, pourquoi ces domaines ?

Avant d’être élu, je faisais des études de droit à Douai, un master 2 et la classe préparatoire intégrée de la magistrature pour devenir magistrat donc juge ou procureur. Finalement j’ai renoncé à ce projet parce que je me suis engagé pour Emmanuel Macron dans la campagne présidentielle. En parallèle de ça, j’étais déjà assistant de justice à la cour d’appel de Douai. Le monde de la justice m’a toujours passionné et je compte revenir à mes premiers amours après la politique. La thématique de la justice me paraissait être une évidence. J’ai demandé à intégrer la commission des lois au début du mandat. En général, la commission des lois est réservée aux plus expérimentés et donc aux anciens élus et députés. Le renouvellement est tel que j’ai pu intégrer cette commission dès mon premier mandat. Je suis content de cela. La question de la sécurité me parait fondamentale. Cela me parait être une des premières libertés, celle d’aller et venir. On a un vrai sujet aujourd’hui. Il y a eu des gros efforts de réalisés avec la police de sécurité du quotidien. Je pense qu’il faut encore aller au-delà. Il faut que toutes les Collectivités se saisissent du sujet. On a parfois des villes qui sont un peu réticentes avec la police municipale, notamment avec la question de son armement. La police municipale est aussi là pour prévenir des éventuelles tensions en ville, aller dans les quartiers où c’est tendu pour faire de la prévention et être un lien direct entre police nationale et population, qui est parfois un peu compliquée. C’est un sujet majeur. Je pense que le Président en fera une de ses priorités pour la fin du mandat.

En quoi consiste la réforme de la justice, qui est engagée ?

C’est un texte « épais » qui découle de plusieurs concertations locales et qui a une ambition assez simple : rendre la justice plus accessible, plus rapide. On sait combien ça peut être long pour obtenir un jugement. Il faut plus de moyens pour la numérisation, pour que chaque citoyen puisse accéder à son dossier et éventuellement transmettre des pièces, savoir où en est son dossier et quand aura lieu la prochaine audience. En bref, donner de la visibilité, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Il y a de nombreux services publics qui fonctionnent de manière dématérialisée, et la justice est en retard sur ce plan. Il y avait aussi une incompréhension parce que certains citoyens ne savaient pas à quel tribunal s’adresser, tribunal d’instance (TI), tribunal de grande instance (TGI), ou conseil des prud’hommes. Quand on a parlé de la fusion entre le TGI et le TI, certains ont accusé notre majorité ou le gouvernement de vouloir supprimer le TI. Ce qui n’est pas le cas. L’idée est d’avoir un tribunal judiciaire avec un seul interlocuteur pour le justiciable et que ce soit plus simple pour lui. Au sein de ce nouveau tribunal judiciaire il y a des chambres qui seront spécialisées sur le contentieux et d’autres chambres sur les autres thématiques. On a voulu simplifier les choses pour que ce soit beaucoup plus visible et compréhensible pour les citoyens.

Tu nous a parlé de ton intérêt pour les conditions de vie en milieu carcéral dans les prisons. Tu es co-rapporteur de la mission d’information, quelle appréciation portes tu sur les prisons de France ?

Je ne peux pas dire que je sois satisfait de l’état des prisons en France. On a une surpopulation carcérale qui avoisine les 140%, avec parfois des établissements à 200% d’occupation. Forcément, ça pose une question sur la dignité des détenus. La France a été récemment condamnée par la Cour Européenne des droits de l’homme, au sujet de l’espace vital que l’on donne aux détenus. Très régulièrement, j’envoie des notes au Président et au Premier Ministre sur la situation des prisons, qui ne concerne pas seulement les détenus : quand on parle de conditions de détention, il faut aussi avoir en tête que c’est un cadre de travail pour le personnel qui éprouve de grande difficulté à sécuriser les lieux et donner du sens à sa tâche.

Comment faire ?

Une des ambitions de la réforme de la justice est de réduire la surpopulation carcérale. Un rapport du CESE vise à repenser nos prisons et notamment l’application des peines. Aujourd’hui on a 80% des détenus qui sortent par une sortie sèche. C’est-à-dire qu’ils ne bénéficient pas d’accompagnement. En cas de sortie sèche, on sait qu’il y a un taux de récidive qui avoisine les 70%. Un suivi extérieur ça coûte une trentaine d’euros par jour. En couplant avec un placement électronique (bracelet) que l’on pourrait mettre au domicile, on arrive à une cinquantaine d’euros par jour, à comparer avec le coût d’une journée en détention, qui est entre 100 et 120€. Il y a donc des alternatives au maintien en détention qui coûtent moins cher et qui peuvent être plus efficaces. On peut prendre l’exemple des Pays Bas ou de l’Allemagne. Les Pays Bas c’est en 10 ans une baisse de 45% de leur population carcérale. Et l’Allemagne, qui n’est pas perçue comme laxiste, a réussi en 10 ans à réduire de 18% son taux d’occupation. Nous, on a ce réflexe de vouloir construire davantage de places, ces trente dernières années on a augmenté considérablement le nombre de place en détention et pourtant on a toujours ce problème de surpopulation. Je pense que l’on ne prend pas le problème par le bon bout. Le vrai sujet c’est comment lutter contre la récidive et comment faire en sorte que la sanction soit la plus adaptée en fonction de l’infraction commise.

En novembre tu as interpellé les ministres sur les conditions d’accès à certains métiers pour les personnes en situation de handicap liée au diabète, est ce que tu as des retours sur ce sujet ou pas encore ?

On a une proposition de loi portée par AGIR qui vise à mettre fin à la discrimination dont sont victimes les diabétiques. Il faudra voir si le texte est confirmé au Sénat. Beaucoup de députés sont sensibilisés sur le sujet, en posant des questions écrites et en sensibilisant les ministères.

Pour terminer, je te laisse dire quelques mots pour nos lecteurs du nord.

Je sais que la période n’est pas facile pour les sympathisants, pour les marcheurs, pour les élus mais que c’est aussi l’engagement du Président de tenir bon et d’aller jusqu’au bout des engagements pris devant les français, et que nous avons pris collectivement. Même si le moment est difficile, je suis convaincu que l’histoire nous donnera raison à la fin et que les réformes que nous sommes en train de mener aboutiront à des résultats pour le quotidien des françaises et des français. Je pense qu’ils nous le rendront bien même si c’est difficile pour l’instant et qu’ils sauront reconnaitre le courage que l’on a eu d’aller jusqu’au bout, même si ce n’est pas toujours facile de défendre autour de soi le parlement et l’exécutif. On a aussi besoin de l’engagement de chacun pour lutter contre les fausses informations, contre les discours simplistes et faciles de certaines de nos oppositions. On a besoin de l’engagement de tout le monde pour faire la réussite du Président et bien sûr celle du pays.