L’élection d’Emmanuel Macron a permis à une nouvelle génération de femmes et d’hommes issus de la société civile de s’engager et de promouvoir une vision plus citoyenne de la politique. Ils représentent, et c’est un des grands enjeux de cette législature, de nouvelles pratiques politiques directement inspirées de la société civile, du monde associatif et de l’entreprise. C’est donc une chance immense pour notre classe politique - qui n’a eu de cesse de voir se creuser la distance entre elle et ses concitoyens - de pouvoir se renouveler et d’inventer de nouvelles pratiques politiques plus en adéquation avec notre temps et les attentes des citoyens.

Ce n’est pas la Constitution ou l’organisation des pouvoirs qui sont à remettre en cause mais bien les pratiques politiques qui ont affaibli le lien entre les citoyens et leurs représentants

Nous savons que l’onction des élections n’est plus un critère suffisant pour dire de notre démocratie qu’elle est saine et active. Certains blâment notre Constitution ou bien le système de démocratie représentative qui serait lui-même la cause de cette fracture entre les élus et les citoyens. Je reste convaincu que nos institutions et que notre système de démocratie représentative demeure intrinsèquement bon et adapté à toute démocratie. Ce n’est pas la Constitution ou l’organisation des pouvoirs qui sont à remettre en cause mais bien les pratiques politiques qui ont affaibli le lien entre les citoyens et leurs représentants. Ceux qui plaident pour une démocratie directe, affranchie de ses représentants, méconnaissent la France et la paralysie qu’engendrerait un tel système dans un pays de 67 millions d’habitants. Aussi, plutôt qu’invoquer des utopies, nous devrions nous assurer que les éléments nécessaires au bon fonctionnement de notre démocratie - telle qu’une plus grande écoute et prise en compte des différents avis des citoyens, un lien de confiance restauré avec leurs représentants, une plus grande légitimité des décisions prises - soient réunis et mis en œuvre à chaque instant. L’élu a donc la charge de réunir toutes les parties prenantes lors de l’élaboration de la loi et de prendre une décision après s’être forgé un avis éclairé. Puisqu’il a été choisi par les électeurs pour représenter un corpus d’idées et de valeurs, c’est à lui seul que revient in fine la responsabilité de faire les arbitrages définitifs sur des textes souvent complexes et qui demandent des heures d’examen et de débat, ce que ne peuvent faire tous les citoyens en raison des contraintes de temps. Les discussions régulières que j’ai avec les habitants de ma circonscription m’ont confirmées que le défaut de démocratie provient davantage du sentiment de ne pas être écouté et impliqué dans les discussions des projets de loi que du sentiment de ne pas avoir « directement » le pouvoir de prendre les décisions. Il s’agit donc d’une demande plus forte de confiance et de légitimité qui émane de nos concitoyens. Les solutions pour y répondre existent et nous les mettons actuellement en place.

J’ai fait, suite à des débats fructueux et constructifs, des propositions d’amendements sur la base du travail collectif mené lors de ces ateliers citoyens

C’est la participation citoyenne qui doit être au cœur de cet enjeu et de notre engagement et nous devons multiplier les initiatives qui permettront d’en faire une réalité pérenne. Une de ces initiatives consiste notamment à mettre en place des ateliers citoyens. J’ai pris l’habitude d’en organiser dans le local de ma permanence, avec pour objectif d’informer et de débattre des réformes du Gouvernement, en amont du vote de la loi. Ils permettent de réunir une pluralité de points de vue indispensable au débat public. Les idées les plus justes naissent toujours ou presque d’une expansion de la pensée qui se fait par l’échange et la contradiction. Ces ateliers citoyens sont précisément le lieu d’où surgissent ces idées justes et des propositions concrètes et pleines de bon sens. J’ai fait, suite à des débats fructueux et constructifs, des propositions d’amendements sur la base du travail collectif mené lors de ces ateliers citoyens. Ce fut notamment le cas de l’amendement que j’ai déposé sur le renforcement du droit de recours des demandeurs d’asile et qui a été adopté. Ces ateliers ont aussi le double avantage de faire monter en compétence et en connaissance les citoyens sur un sujet donné autant qu’ils permettent aux élus de se forger un avis éclairé qui les guidera avec plus de sagacité dans l’examen de la loi. Ainsi, je suis convaincu qu’un élu qui ne consulte pas assez est un mauvais élu. Si les ateliers citoyens permettent de renforcer le lien et la confiance entre les élus et les citoyens, l’élu doit aussi aller au devant de ceux qui n’ont pas le temps de s’investir dans le débat public. La démocratie n’est pas réservée aux passionnés des débats et de la politique mais doit permettre l’expression du plus grand nombre. C’est donc dans ce cadre que j’organise depuis plusieurs semaines, un grand tour de circonscription pour aller à la rencontre des habitants, les écouter, comprendre leurs préoccupations, débattre avec eux et faire remonter, en tant qu’élu, les propositions des citoyens à l’Assemblée nationale.

Cette Grande Marche nous a permis d’aller écouter, interroger et comprendre quelles étaient les attentes des Français

Cette volonté d’aller à la rencontre des citoyens était également le but de La Grande Marche organisée par La République En Marche. Nous avions souhaité reprendre une formule classique en politique - le porte-à-porte - mais avec l’objectif d’y apporter des innovations et d’y insuffler une plus grande participation des concitoyens. Cette Grande Marche nous a permis d’aller écouter, interroger et comprendre quelles étaient les attentes des Français et de recueillir leurs suggestions pour élaborer notre programme sans attendre qu’ils viennent à nous. Nous avons repris cette démarche pour la Grande Marche de l’Europe que nous avons lancée au début du mois d’avril et qui s’est terminée le 13 mai dernier avec comme bilan, plus de 230 000 portes frappées, plus de 5400 événements organisés et plus de 80 000 questionnaires remplis. Là encore, notre leitmotiv a été d’une part l’efficacité et le renouvellement de notre pratique politique, et d’autre part, la participation du plus grand nombre.

d8d6a423-b247-42b4-8903-2f66d061ed5a.jpgL'un des ateliers citoyen organisés dans la permanence parlementaire

De plus, les outils numériques aussi prometteurs soient-ils pour la participation citoyenne ne doivent pas faire oublier les dangers d’une perte d’incarnation et de contact qu’ils pourraient engendrer

Le numérique fait également partie de ces grands enjeux qui se présentent à notre démocratie. Il peut être une formidable opportunité de promouvoir la participation citoyenne en facilitant une plus grande circulation de l’information, une transparence plus exigeante des débats et des décisions, et une consultation plus régulière des citoyens qui, sans doute pour des raisons de temps, ne peuvent pas assister aux réunions publiques. Les outils numériques qui prendraient la forme de sondages, de questionnaires, de commentaires etc. doivent permettre d’atteindre le plus grand nombre. Mais ils doivent aussi être suffisamment bien pensés et éviter l’anonymat des contributions afin d’éviter les débordements faciles et les outrances qui polluent les débats publics. De plus, les outils numériques aussi prometteurs soient-ils pour la participation citoyenne ne doivent pas faire oublier les dangers d’une perte d’incarnation et de contact qu’ils pourraient engendrer. Le numérique n’est pas une fin en soi mais un moyen, un outil. Or, ce n’est pas l’outil qui fait la démocratie mais la façon dont on s’en sert et je crois que ces outils numériques ne pourront entièrement remplacer le terrain et les échanges directs avec les citoyens.

La participation citoyenne a pour fondement l’idée qu’en participant le citoyen peut influencer la délibération des élus

En conclusion, je crois fondamentalement qu’il faut arrêter d’utiliser le mot « démocratie » à tort et à travers. C’est cela qui crée de la confusion et empêche la mise en œuvre de pratiques simples et efficaces telle que la participation citoyenne et qui sont tout-à-fait solubles dans notre démocratie représentative. La participation citoyenne a pour fondement l’idée qu’en participant le citoyen peut influencer la délibération des élus. Elle me paraît représenter un meilleur équilibre démocratique que l’illusion d’une démocratie directe qui voudrait nous faire croire que tous les citoyens peuvent voter toutes les lois et participer à toutes les délibérations. La participation citoyenne représente une chance formidable pour recréer le lien entre les citoyens et leurs élus ; il a été trop longtemps abîmé par des pratiques politiques qui n’ont pas été à la hauteur des changements qui traversaient notre société. Les ateliers citoyens, l’usage du numérique et de nouvelles façons de consulter les citoyens qui expriment le souhait d’être davantage écoutés et impliqués nous permettront de revitaliser notre démocratie, d’expliquer plus profondément le sens de nos actions et enfin de réaliser les engagements que nous avons pris devant nos concitoyens.

03116931-3b14-4bd8-b4b0-ecd38211162b.jpgPacôme Rupin - Député de la 7ème circonscription de Paris